Pañcatantra
pañcatantra

La tortue stupide

Sites recommandés pour approfondir sa connaissance du Pañcatantra

Voir aussi l’œuvre magistrale de Walton Ford, dont un grand nombre de ses tableaux animaliers est consacré au Pañcatantra

.
mūrkhakacchapa-kathā La tortue stupide
Traduction : Sophie-Lucile Daloz, Annette Mouret, Danièle Sevrette
suhṛdāṁ hitakāmānāṁ na karotīha yo vacaḥ। sa kūrma iva durbuddhiḥ kāṣṭhād bhraṣṭo vinaśyati॥ Celui qui ne tient pas compte des paroles de ses généreux amis altruistes
Trouve la mort, telle la tortue stupide qui tomba du bâton.
asti kasmiścijjalāśaye kambugrīvo nāma kacchapaḥ। tasya ca saṅkaṭavikaṭanāmnī mitre haṁsajātīye paramasnehakoṭimāśrite nityameva sarastīramāsādya tena sahānekadevarṣimaharṣīṇāṁ kathāḥ kṛtvāstamanavelāyāṁ svanīḍasaṁśrayaṁ kurutaḥ। Il y avait, reposant dans un étang, une tortue du nom de Kambu-grīva, Cou-Plissé. Elle avait deux amis, des cygnes nommés Saṁkaṭa, le Famélique, et Vikaṭa, le Ventru, qui lui portaient une très grande affection. Régulièrement ils la rencontraient sur la berge de l’étang et partageaient avec elle les nombreuses histoires des grands sages et des sages divins, les Maharṣi et les Devarṣi avant de regagner leur nid.
atha gacchatā kālenānāvṛṣṭivaśātsaraḥ śanaiḥ śanaiḥ śoṣamagamat। tatastad duḥkhadukhitau tāvūcatu – bho mitra jambālaśeṣametatsaraḥ sañjātaṁ tatkathaṁ bhavānbhaviṣyatīti vyā kulatvaṁ no hṛdi vartate। Au fil du temps, l’absence de pluie assécha peu à peu l’étang. Alors, affligés par ce malheur, les deux cygnes lui dirent : « Oh, Amie, cet étang n’est plus qu’un amas de boue, comment vas-tu survivre ici ? Nos cœurs sont remplis d’inquiétude. »
tacchrutvā kambugrīva āha – bho sāmprataṁ nāstyasmākaṁ jīvitavyaṁ jalābhāvāt। tathāpyupāyaścintyatāmiti। uktañca – À ces mots, Kambu-grīva de répondre : « Mes amies, à présent que cette sécheresse nous prive de tout moyen de subsistance, il nous faut réfléchir à une solution. Ne dit-on pas ?… »
tyājyaṁ na dhairyaṁ vidhure’api kāle dhairyātkadācitsthitimāpnuyātsaḥ। jāte samudre’pi ca potabhaṅge sāṁyātriko vāñchati tarttumeva॥ Même dans le désespoir, la patience ne doit pas être abandonnée ;
Tel le marin qui, même son embarcation détruite, s’efforcera toujours de traverser l’océan pour regagner la terre ferme.
aparañca – Et aussi…
mitrārthe bāndhavārthe ca buddhimān yatate sadā। jātāsvāpatsu yatnena jagādedaṁ vaco manuḥ॥ « Pour le bien d’un ami, d’un parent, le sage fait toujours de grands efforts.
À l’heure du danger, grâce à ses efforts, il sauve son ami » ;
ainsi parle Manu.
tadānīyatāṁ kācid dṛḍharajjurlaghukāṣṭhaṁ vā। anviṣyatāṁ ca prabhūtajalasanāthaṁ saraḥ yena mayā madhyapradeśe dantairgṛhīte sati yuvāṁ koṭibhāgayostatkāṣṭhaṁ mayā sahitaṁ saṁgṛhya tatsaro nayathaḥ। Aussi, partez à la recherche d’un étang aux eaux abondantes ; apportez-moi une corde solide, ou mieux, un petit bâton. J’en mordrai le centre et vous, vous l’empoignerez par les côtés, et ainsi vous me conduirez à cet étang !
tāvūcatu – bho mitra evaṁ kariṣyāvaḥ। paraṁ bhavatā maunavratena sthātavyam no cettava kāṣṭhātpāto bhaviṣyati। tathānuṣṭhite gacchatā kambugrīveṇādhobhāge vyavasthitaṁ kiñcitpuramālokitam। tatra ye paurāste tathā nīyamānaṁ vilokya savismayamidamūcuḥ – Les deux cygnes dirent : « Allons, amie, nous ferons ainsi ! Mais tu dois faire vœu de silence, car si tu lâches le morceau de bois, tu tomberas. » Installée de cette manière, Kambu-grīva aperçut de là-haut une ville en dessous d’elle ; ses habitants, voyant ce drôle d’équipage, s’exclamèrent : « Ho ! Regardez, regardez là-haut ! Voilà que deux cygnes emportent un drôle d’objet en forme de roue ! »
atha teṣāṁ kolāhalamākarṇya kambugrīva āha – bhoḥ kimeṣa kolāhalaḥ iti vaktamanā aho cakrākāraṁ kimapi pakṣibhyāṁ nīyate paśyata paśyata। ardhokta eva patitaḥ pauraiḥ khaṇḍaśaḥ kṛtaśca। atohaṁ bravīmi – suhṛdāṁ hitakāmānām iti। tathā ca Entendant ces rumeurs, Kambu-grīva s’écria : « Mais qu’est-ce que ce brouhaha ? » À peine avait-elle prononcé la moitié de sa phrase, qu’elle tomba et fut mise en pièces par les habitants de la ville. Voilà pourquoi je dis : « Celui qui ne tient pas compte des paroles de ses généreux amis altruistes périt, telle la tortue stupide qui tomba du bâton ». En outre,
anāgatavidhātā ca pratyutpannamatistathā। dvāvetau sukhamedhete yadbhaviṣyo vinaśyati॥ Le prévoyant et l’intelligent survivent : tous deux rencontrent le bonheur,
Mais celui qui s’en remet au destin trouve la mort.
ṭiṭṭibha āha – kathametat sā’bravīt – Tittibha, l’échassier, s’exclama : « Comment cela ? » Elle de répondre…