Pañcatantra
पञ्चतन्त्र

Le singe et le crocodile

Cette page contient le conte en version intégrale. Les 16 stances sont regroupées sur cette page.

Cette fable est extraite du Pañcatantra, dont deux traductions sont disponibles en français :

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Première partie

Écoutez la première partie de cette fable, récitée en sanskrit par Jyoti Garin.

पञ्चतन्त्रे
लब्धप्रणाशम् चतुर्थतन्त्रम्
Pañcatantra (livre 4)
La perte du bien acquis
Traduction : Sophie-Lucile Daloz
अथेदमारभते लब्धप्रणाशं नाम चतुर्थतन्त्रं यस्यादिमः श्लोकः – C’est ici que commence le quatrième livre, qui a pour nom « la perte du bienfait » Voici sa première stance :
समुत्पन्नेषु कार्येषु बुद्धिर्यस्य न हीयते।
स एव दुर्गं तरति जलस्थो वानरो यथा॥१॥
Dans les vicissitudes de l’existence, seul celui qui garde son sang froid
Traverse le danger, tel le singe ballotté par les flots (1)
तद्यथानुश्रूयते – C’est ce que nous raconte la suite.
अस्ति कस्मिंश्चित्समुद्रोपकण्ठे महाञ्जम्बूपादपः सदाफलः। तत्र च रक्तमुखो नाम वानरः प्रतिवसति स्म। तत्र च तस्य तरोरधः कदाचित्करालमुखो नाम मकरः समुद्रसलिलान्निष्क्रम्य सुकोमलवालुकासनाथे तीरोपान्ते न्यविशत्। ततश्च रक्तमुखेन स प्रोक्तः – “भोः ! भवान् समभ्यागतोऽतिथिः, तद्भक्षयतु मया दत्तान्यमृततुल्यानि जम्बूफलानि।” Il y avait au bord de l’océan un magnifique arbre Djambou toujours en fruits. Un singe du nom de Face Rouge y avait élu domicile. C’est au pied de cet arbre, là où le sable était des plus fins, qu’un jour, après être sorti de l’océan, s’installa un crocodile du nom de Gueule Béante. Aussitôt Face-Rouge l’interpelle : « Holà ! Vous qui êtes venu en qualité d’hôte, veuillez donc manger ces fruits du Djambou, semblables au nectar. Je vous les offre.
उक्तञ्च – Ne dit-on pas…
“प्रियो वा यदि वा द्वेष्यो मूर्खो वा यदि पण्डितः।
वैश्वदेवान्तमापन्नः सोऽतिथिः स्वर्गसंक्रमः॥२॥
न पृच्छेञ्चरणं गोत्रं न च विद्यां कुलं न च।
अतिथिं वैश्वदेवान्ते श्राद्धे च मनुरब्रवीत्॥३॥
दूरमार्गश्रमश्रान्तं वैश्वदेवान्तमागतम्।
अतिथिं पूजयेद्यस्तु स याति परमां गतिम्॥४॥
अपूजितोऽतिथिर्यस्य गृहाद्याति विनिःश्वसन्।
गच्छन्ति विमुखास्तस्य पितृभिः सह देवताः”॥५॥
« Qu’il soit aimé ou détesté, qu’il soit stupide ou savant
L’hôte qui survient à la fin d’un sacrifice à tous les dieux est un accès au paradis ». (2)
Manu disait : « Qu’on ne questionne pas l’hôte survenu à la fin d’un rite funéraire ;
Qu’on ne le questionne ni sur sa conduite, ni sur sa famille, ni sur son savoir, ni sur sa lignée. (3)
Celui qui honore l’hôte venu à la fin du sacrifice à tous les dieux, épuisé par un long voyage,
Celui-là atteint le but suprême. (4)
Les dieux et les ancêtres se détournent de celui qui laisse partir son hôte empli de soupirs
Pour ne pas y avoir reçu les égards dus à sa qualité ». (5)
एवमुक्त्वा तस्मै जम्बूफलानि ददौ। सोऽपि तानि भक्षयित्वा तेन सह चिरं गोष्ठीसुखमनुभूय भूयोऽपि स्वभवनमगात्। Après avoir parlé, il lui offrit des fruits de Djambou. Le crocodile les dévora, puis tous deux s’adonnèrent à des conversations agréables. Le crocodile rentra chez lui.

Deuxième partie

Écoutez la deuxième partie de cette fable, récitée en sanskrit par Jyoti Garin.

पञ्चतन्त्रे
लब्धप्रणाशम् चतुर्थतन्त्रम्
Pañcatantra (livre 4)
La perte du bien acquis
Traduction : Sophie-Lucile Daloz
एवं नित्यमेव तौ वानरमकरौ जम्बूच्छायास्थितौ विविधशास्त्रगोष्ठ्या कालं नयन्तौ सुखेन तिष्ठतः। सोऽपि मकरो भक्षितशेषाणि जम्बूफलानि गृहं गत्वा स्वपत्न्यै प्रयच्छति। अथान्यस्मिन् दिवसे तया स पृष्टः –
“नाथ ! क्वैवंविधान्यमृतफलानि प्राप्नोषि ?” स आह –
“भद्रे ! ममास्ति परमसुहृद्रक्तमुखो नाम वानरः। स प्रीतिपूर्वमिमानि फलानि प्रयच्छति।”
C’est ainsi que tous les jours, installés à l’ombre du Djambou, le singe et le crocodile passent agréablement leur temps à s’entretenir sur des sujets variés et sérieux. Une fois rentré chez lui, le crocodile offre à sa femme, pour son régal, les fruits du Djambou. Un jour, cette dernière l’interroge :
– « mon époux, où donc trouves-tu ces fruits dignes de l’ambroisie ? »
– « Ma chère, répond le crocodile, j’ai un très grand ami, un singe du nom de Face-Rouge. C’est avec beaucoup d’affection qu’il m’offre ces fruits ».
अथ तयाभिहितं – “यः सदैवामृतप्रायाणीदृशानि फलानि भक्षयति, तस्य हृदयममृतमयं भविष्यति। तद्यदि भार्यया ते प्रयोजनम्, ततस्तस्य हृदयं म्ह्यं प्रयच्छ, येन तद्भक्षयित्वा जरामरणरहिता त्वया सह भोगान्भुनज्मि।” स आह – “भद्रे ! मा मैवं वद। यतः स प्रतिपन्नोऽस्माकं भ्राता। अपरं फलदाता। ततो व्यापादयितुं न शक्यते। तत्त्यजैनं मिथ्याग्रहम्। Aussi répond-elle : – « Celui qui permet de manger ces fruits dignes de l’ambroisie doit avoir un cœur empli d’ambroisie ! Si, donc, tu te soucies quelque peu de moi, offre moi son cœur. Une fois que je l’aurai mangé, privée de la vieillesse et de la mort, je pourrai jouir avec toi des fruits ». Et lui de répondre : – « Ma chère ! Non, non ne parle pas ainsi. Je le considère comme mon frère, et c’est lui qui nous donne les fruits. Aussi, il ne faut pas le tuer. Abandonne cette lubie.
उक्तञ्च – Ne dit-on pas…
एकं प्रसूयते माता द्वितीयं वाक् प्रसूयते।
वाग्जातमधिकं प्रोचुः सोदर्यादपि बान्धवात्”॥६॥
La mère enfante l’un, la parole enfante l’autre
On dit que ce qui est enfanté par la parole est supérieur au lien même de la fraternité ». (6)
अथ मकर्याह – “त्वया कदाचिदपि मम वचनं नान्यथाकृतम्, तन्नूनं सा वानरी भविष्यति। यतस्तस्या अनुरागतः सकलमपि दिनं तत्रगमयसि। तत्त्वं ज्ञातो मया सम्यक्। Mais dame crocodile de rétorquer : – «  Comment ! C’est bien la première fois que tu ne t’exécutes pas à mes paroles ! Il doit y avoir de la guenon là-dessous ! C’est par amour pour elle que tu passes toute la journée là-bas. Je te connais bien !
यतः – D’ailleurs,
साह्लादं वचनं प्रयच्छसि न मे नो वाञ्छितं किञ्चन,
प्रायः प्रोच्छ्वसिषि द्रुतं हुतवहज्वालासमं रात्रिषु।
कण्ठाश्लेषपरिग्रहे शिथिलता यन्नादराच्चुम्बसे,
तत्ते धूर्त हृदि स्थिता प्रियतमा काचिन्ममेवाऽपरा॥७॥
Tu ne m’offres aucun mot doux, ni me n’offres aucun plaisir
La nuit, souvent, ta respiration est semblable à la flamme du feu,
Mais c’est la mollesse qui caractérise les embrassements de nos gorges.
C’est une autre chérie, scélérat, qui a pris place dans ton cœur, non moi ! » (7)
सोऽपि पत्न्याः पादोपसङ्ग्रहं कृत्वाऽङ्कोपरि निधाय तस्याः कोपकोटिमापन्नायाः सुदिनमुवाच – Alors, il lui saisit les pieds, les genoux et dit d’une voix pleine de tristesse à cette épouse au paroxysme de son courroux :
“मयि ते पादपतिते किङ्करत्वमुपागते।
त्वं प्राणवल्लभे कस्मात्कोपेन कोपमेष्यसि”॥८॥
« Pourquoi, ma bien-aimée, continuer à lancer tes foudres contre moi ?
Ne suis-je pas tombé à tes pieds, me traînant comme une loque ? » (8)

Troisième partie

Écoutez la troisième partie de cette fable, récitée en sanskrit par Jyoti Garin.

पञ्चतन्त्रे
लब्धप्रणाशम् चतुर्थतन्त्रम्
Pañcatantra (livre 4)
La perte du bien acquis
Traduction : Sophie-Lucile Daloz
सापि तद्वचनमाकर्ण्याश्रुप्लुतमुखी तमुवाच – À ces mots, elle répondit, le visage inondé de larmes, d’un ton affligé :
सार्धं मनोरथशतैस्तव धूर्त ! कान्ता, सैव स्थिता मनसि कृत्रिमभावरम्या।
अस्माकमस्ति न कथञ्चिदिहावकाशस् तस्मात् कृतं चरणपातविडम्बनाभिः॥९॥
« Gredin ! Avec tes cent désirs, c’est à ta maîtresse que tu penses, cette ensorceleuse aux mille charmes.
Nous n’avons pas notre place ici. Aussi, que cessent ces singeries et relève toi ! » (9)
अपरं सा यदि वल्लभा न भवति, तत्किं मया भणितोऽपि तां न व्यापादयसि ? अथ यदि स वानरस्तेन सह तव स्नेहः ? तत्किं बहुना, यदि तस्य हृदयं न भक्षयामि तर्हि मया प्रायोपवेशनं कृतं विद्धि। एवं तस्यास्तन्निश्चयं ज्ञात्वा, चिन्ताव्याकुलितहृदयः स प्रोवाच – अहो, साध्विदमुच्यते – De toute façon, si ce n’est pas ta bien-aimée, pourquoi tu ne la tues pas comme je te le demande ? Et puis, si c’est vraiment un singe, tu peux m’expliquer ton penchant pour lui ? Bref, si je ne mange pas son cœur, sache-le bien, je vais me suicider, par le jeûne ! » Ainsi informé des résolutions de sa femme, le cœur ébranlé, il s’exclama : « Ah ! le sage dit non sans raison :
वज्रलेपस्य मूर्खस्य नारीणां करकटस्य च।
एको ग्रहस्तु मीनानां नीलीमद्यपयोस्तथा॥१०॥
Oui vraiment, l’emprise du ciment, des idiots, des femmes, des crabes,
des poissons, de l’indigo, des boissons alcoolisées est unique (10)
तत्किं करोमि ? कथं स मे वध्यो भवति ? इति विचिन्त्य वानरपार्श्वमगमत्। वानरोऽपि चिरादायान्तं तं सोद्वेगमवलोक्य प्रोवाच – भो मित्र ! किमद्य चिरवेलायां समायातोऽसि ? कस्मात्साह्लादम् नालपसि ? न सुभाषितानि पठसि ? Que faire ? Comment puis-je le tuer ? C’est en proie à ces interrogations qu’il se rendit chez le singe. Ce dernier le voyant enfin arriver tout troublé, lui demanda : « Eh bien l’ami ! Pourquoi, canaille, as-tu mis tant de temps pour venir ? Pourquoi n’exprimes-tu aucune parole enjouée ? Ne connais-tu pas les stances célèbres ? »
स आह – मित्र ! ं तव भ्रातृजायया निष्ठुरतरैवाक्यैरभिहितः – भोः कृतघ्न ! मा मे त्वं स्वमुखं दर्शय।यतस्त्वं प्रतिदिनं मित्रमुपजीवसि, न च तस्य पुनः प्रत्युपकारं गृहदर्शनमात्रेणापि करोषि, तत्ते प्रायश्चित्तमपि नास्ति। Lui de répondre : « Ami, ta belle sœur m’a cruellement apostrophé : » Holà ingrat ! Hors de ma vue ! Puisque tu passes ton temps chez ton ami, que tu ne lui rends pas la pareille et que tu ne lui fais même pas visiter notre demeure ! Tu es impardonnable !
उक्तञ्च – Ne dit-on pas…
ब्रह्मघ्ने च सुरापे च चौरे भग्नव्रते शठे।
निष्कृतिर्विहिता सद्भिः कृतघ्ने नास्ति निष्कृतिः॥११॥
« Pour le tueur de brahman, pour l’ivrogne, pour le voleur, pour le violeurs d’observances
Les sages accordent l’expiation. Pour l’ingrat, que nenni ! » (11)
तत्त्वं मम देवरं गृहीत्वाद्य प्रत्युपकारार्थं गृहमानय, नो चेत्त्वया सह मे परलोके दर्शनमिति। तदहं तथैवं प्रोक्तस्तव सकाशमागतः।तदद्य तया सह त्वदर्थे कलहायतो ममेयती वेला विलग्ना। तदगच्छ मे गृहम्। तव भ्रातृपत्नी रचितचतुष्का प्रगुणितवस्त्रमणिमाणिक्याद्युचिताभरणा द्वारदेशबद्धनवन्दनमाला सोत्कण्ठा तिष्ठति। Aussi, va chercher mon beau-frère aujourd’hui même, et conduis-le chez nous en guise de contre don ! Sinon, c’est dans l’autre monde que nous nous reverrons tous deux ! » Et me voici maintenant arrivé chez toi après avoir passé beaucoup de temps à me quereller avec elle à ton sujet. Viens chez moi ! L’épouse de ton frère a préparé le carré d’honneur. Elle a revêtu ses plus beaux atours pour l’occasion : vêtements, joyaux, rubis. Elle a attaché une guirlande à la porte. Elle se tient le cou tendu.

Quatrième partie

Écoutez la quatrième partie de cette fable, récitée en sanskrit par Jyoti Garin.

पञ्चतन्त्रे
लब्धप्रणाशम् चतुर्थतन्त्रम्
Pañcatantra (livre 4)
La perte du bien acquis
Traduction : Sophie-Lucile Daloz
मर्कट आह – “भो मित्र ! युक्तमभिहितं मद्भ्रार्तृपत्न्या। Et le singe, de répondre : « Eh l’ami ! La femme de mon frère parle bien !
उक्तञ्च – Ne dit-on pas…
वर्जयेत् कौलीकाकारं मित्रं प्राज्ञतरो नरः।
आत्मनः संमुखं नित्यं य आकर्षति लोलुपः॥१२॥
« Que l’homme doué de sagesse s’écarte de l’ami, qui, empli d’avidité,
tire tout à lui, tel le geste du tisserand (avec son peigne). » (12)
तथा च – Et aussi,
ददाति प्रतिगृण्हाति गुह्यमाख्याति पृच्छति।
भुङ्ते भोजयते चैव षड्विधं प्रीतिलक्षणम्॥१३॥
« On donne, on reçoit, on confie un secret, on interroge,
On mange et on fait manger. Là sont précisément les six sortes d’un signe d’affection. » (13)
परं वयं वनचराः, युष्मदीयं च जलान्ते गृहम्।तत्कथं शक्यते तत्र गन्तुम्, तस्मात्तामपि मे भ्रातृपत्नीमत्रानय, येन प्रणम्य तस्या आशीर्वादं गृह्णामि।” स आह – “भो मित्र ! अस्ति समुद्रान्तरे सुरम्ये पुलिनप्रदेशेऽस्मदीयं गृहम्। तन्मम पृष्टमारूढः सुखेनाकृतभयो गच्छ।” सोऽपि तच्छ्रुत्वा सानन्दमाह – “भद्र ! यद्येवं तत्किं विलम्ब्यते, त्वर्यताम्। एषोऽहं तव पृष्टमारूढः।” Et puis, nous sommes des habitants des bois, or votre maison est au cœur de l’eau. Comment pouvons-nous donc nous rendre là-bas ? Conduis plutôt ma belle-sœur ici, afin qu’après l’avoir saluée, je reçoive sa bénédiction. » L’autre, de répondre : « Eh l’ami ! Notre maison est dans un lieu magnifique, sur une île ! Aussi, après être grimpé sur mon dos, rends-toi facilement et sans crainte chez nous ! » À ces mots, le singe, en liesse, répondit : « Mon cher, s’il en est ainsi, pourquoi tarder ? Hâtez-vous ! Me voici installé sur ton dos. »
तथानुष्ठितेऽगाधे जलधौ गच्छन्तं मकरमालोक्य भयत्रस्तमना वानरः प्रोवाच – “भ्रातः ! शनैः शनैर्गम्यतां, जलकल्लोलैः प्लाव्यते मे शरीरम्।” Cependant, le singe se rendit rapidement compte que le crocodile s’aventurait là où l’on n’a plus pied, et plein d’effroi, il s’écria : « Mon frère, tout doux ! Je suis tout mouillé par les vagues. »
तदाकर्ण्य मकरश्चिन्तयामास – "असावगाधं जलं प्राप्तो मे वशः सञ्जातः। मत्पृष्ठगतस्तिलमात्रमपि चलितुं न शक्नोति, तस्मात्कथयाम्यस्य निजाभिप्रायं, येनाभीष्टदेवतास्मरणं करोति। आह च – “मित्र ! त्वं मया वधाय समानीतो भार्यावाक्येन विश्वास्य। तत्स्मर्यतामभीष्टदेवता”। En entendant cela, le crocodile pensa : « Le voici à ma merci, là où il n’a pas pied. Installé sur mon dos, il ne peut bouger d’un iota. Aussi vais-je lui confier mon véritable dessein afin qu’il puisse se souvenir de sa divinité préférée1. » Il dit : « Mon ami ! C’est pour un meurtre que je t’ai amené ici après t’avoir mis en confiance par les paroles de ma femme. Il te faut maintenant invoquer ta divinité préférée. »
स आह – “भ्रातः ! किं मया तस्यास्तवापि चापकृतं, येन मे वधोपायश्चिन्तितः ?” Et l’autre, de répondre : « Mon frère ! Quel tort vous ai-je causé, à elle et à toi pour que vous songiez à un complot pour me tuer ?
मकर आह – “भोः तस्यास्तावत्तव हृदयस्यामृतमयफलरसास्वादनमिष्टस्य भक्षणे दोहदः सञ्जातः, तेनैतदनुष्ठितम्।” Le crocodile répondit : « Holà !  Son désir de manger ton cœur succulent rendu doux par les fruits comme de l’ambroisie est né. Voilà pourquoi j’ai agi ainsi.
प्रत्युत्पन्नमतिर्वानर आह – “भद्र ! यद्येवं, तत्किं त्वया मम तत्रैव न व्याहृतं, येन स्वहृदयं जम्बूकोटरे सदैव मया सुगुप्तं कृतं, तद्भ्रातृपत्न्या अर्पयामि। त्वयाहं शून्यहृदयोऽत्र कस्मादानितः ?” Le singe, qui avait de la présence d’esprit, répondit : « Mon cher ! Si c’est ainsi, pourquoi ne pas m’en avoir parlé plus tôt ? Parce que justement, je cache toujours mon cœur dans le creux de l’arbre. Je l’offrirais volontiers à la femme de mon frère. Pourquoi m’avoir emmené ici, moi, sans cœur ?

Cinquième partie

Écoutez la cinquième partie de cette fable, récitée en sanskrit par Jyoti Garin.

पञ्चतन्त्रे
लब्धप्रणाशम् चतुर्थतन्त्रम्
Pañcatantra (livre 4)
La perte du bien acquis
Traduction : Sophie-Lucile Daloz
तदाकर्ण्य मकरः सानन्दमाह – “भद्र ! यद्येवं, तदर्पय मे हृदयं, येन सा दुष्टपत्नी तद्भक्षयित्वानशनादुत्तिष्ठति। अहं त्वां तमेव जम्बूपादपं प्रापयामि।” एवमुक्त्वा निवर्त्य जम्बूतलमगात्। Le crocodile, après avoir entendu cela, dit en liesse : « Mon cher, s’il en est ainsi, offre-moi ce cœur, afin que cette méchante épouse cesse son jeûne, après l’avoir mangé. Je te fais regagner cet arbre Djambou ! » À ces mots, il fit demi-tour pour regagner la terre ferme du Djambou.
वानरोऽपि कथमपि जल्पितविविधदेवतोपचारपूजस्तीरमासादितवान्। ततश्च दीर्घतरचङ्क्रमणेन तमेव जम्बूपादपमारूढश्चिन्तयामास – “अहो, लब्धास्तावत्प्राणाः। Et c’est ainsi que le singe, après moult incantations et gestes de prières aux divinités, se retrouva sur le rivage. Une fois sauté dans l’arbre Djambou, le singe songea à cette interminable virée : « Ah, sauvé ! »
अथवा साध्विदमुच्यते – Le sâdhu, ne dit-il pas…
न विश्वसेदविश्वस्ते विश्वस्तेऽपि न विश्वसेत्।
विश्वासाद्भयमुत्पन्नं मूलान्यपि निकृन्तति॥१४॥
Qu’il ne fasse point confiance à celui qui n’est pas digne de confiance, même celui qui est digne de confiance, qu’il ne lui fasse point confiance.
Le doute, né de la confiance, fauche même les racines ! (14)
तन्ममैतदद्य पुनर्जन्मदिनमिव सञ्जातम्, इति चिन्तायमानं मकर आह –
“भो मित्र ! अर्पय तद्धृदयं यथा तद्भ्रातृपत्नी भक्षयित्वानशनादुत्तिष्ठति। अथ विहस्य, निर्भर्त्सयन् वानरस्तमाह –
“धिग्धिङ्मूर्ख ! विश्वासघातक ! किं कस्यचिद्धृदयद्वयं भवति, तदाशु गम्यतां जम्बूवृल्क्षस्याधस्तलात् , न भूयोऽपि त्वयात्रागन्तव्यम्।”
« Ah oui, vraiment ! Cette journée s’achève en une nouvelle naissance ». Ainsi, le crocodile dit au singe songeur :
« Eh l’ami ! Lance ce cœur afin que ta belle-sœur cesse son jeûne, après l’avoir mangé. » Le singe éclata de rire et il lui répondit d’un ton menaçant :
« Misérable minable ! Traître ! Comment peut-on avoir deux cœurs ? Allez ! Zou ! Débarrasse le plancher de cet arbre Djambou et ne reviens surtout pas ! »
उक्तञ्च यतः – Ne dit-on pas…
सकृद्दुष्टं च यो मित्रं पुनः सन्धातुमिच्छति।
स मृत्युमुपगृह्णाति गर्भमश्वतरी यथा॥१५॥
Quiconque veut se réconcilier de nouveau avec un ami qui a été une seule fois méchant,
Celui-ci reçoit la mort telle une ânesse pleine2. (15)
तच्छ्रुत्वा मकरः संविलक्षं चिन्तितवान् – "अहो, मयातिमूढेन किमस्य स्वचित्ताभिप्रायो निवेदितः ? तद्यद्यसौ पुनरपि कथञ्चिद्विश्वासं गच्छति तद्भूयोऽपि विश्वासयामि"। आह च –"मित्र ! हास्येन मया तेऽभिप्रायो लब्धः, तस्या न किञ्चित्तव हृदयेन प्रयोजनम्। तदागच्छ प्राघुणिकन्यायेनास्मद्गृहम्। वानर आह – "भो दुष्ट ! गम्यताम्। अधुना नाहमागमिष्यामि।" À ces mots, honteux et confus, le crocodile pensa : « Ah ! Roi des stupides, pourquoi lui ai-je révélé le fond de mes pensées ? Si seulement celui-là pouvait s’abandonner dans la confiance ! Je vais encore tenter de le rassurer ». C’est pourquoi, il dit : « Mon ami ! Ta confiance, c’est dans nos moments de rire que je l’ai obtenue. Elle n’a nul besoin de ton cœur. Allez ! Viens dans notre maison en tant qu’hôte. » Le singe répondit : « Perfide ! Va-t-en ! Moi, maintenant, il est hors de question que je vienne !
उक्तञ्च – Ne dit-on pas…
बुभुक्षितः किं न करोति पापं, क्षीणा नरा निष्करुणा भवन्ति।
आख्याहि भद्रे ! प्रियदर्शनस्य, न गङ्गदत्तः पुनरेति कूपम्॥१६॥
« Quel péché ne commet pas un affamé ! Les hommes altérés sont sans pitié.
Ô bien-aimée ! Va dire (au serpent) Priya-darshana3 que (la grenouille) Ganga-datta4 n’ira plus au puits. » 16)
1 Ici, faire sa dernière prière.
2 On raconte que lorsqu’une ânesse éprouve les douleurs de l’accouchement, son ventre explose et lorsque l’ânon est né, elle meurt ! Ici, pas de rémission pour cette ingratitude de la part du crocodile !
3 Nom propre, « Charmante-vision ».
4 Nom propre, « Don du Gange ».