Remerciements

Je tiens à remercier chaleureusement toutes les personnes qui m’ont fait connaître, approcher ce théâtre nommé Kūṭiyāṭṭam et encouragée dans la réalisation de cette étude.
En premier lieu, Madame Milena Salvini et Monsieur Roger Filipuzzi, son mari décédé depuis, grâce à qui j’ai pu participer au stage organisé par la troupe du Kerala Kalamandalam dirigé par monsieur M.K. Raman Chakiar et qui m’ont fourni une riche documentation.
Je remercie également, Madame Jyoti Garin, mon professeur de sanskrit, pour la qualité de son enseignement, ses conseils et ses corrections.
Enfin Madame Eva Szily pour les copies des documents manuscrits qu’elle m’a procurées.

Cette étude a pu être faite grâce aux différents textes qui m’ont été communiqués mais une étude de textes n’est qu’un début, car elle n’est pas suffisante pour rendre compte de toute la richesse de ce théâtre. Ce travail a également révélé des manques (par exemple dans l’utilisation des cycles rythmiques (tāla), il reste bien des zones d’ombre qu’une approche plus formelle et plus approfondie pourrait éclaircir.

Transcription

Les textes traitant de l’interprétation des épopées indiennes dans le kūṭiyāṭṭam sont écrits en sanskrit et en langue vernaculaire (prākrit), mais le sanskrit est une langue qui comprend des lettres qui n’existent pas en français nous obligeant à utiliser des signes diacritiques1 pour les représenter :

D’autre part, du fait de l’implantation du kūṭiyāṭṭam dans l’Inde du Sud, le vocabulaire du répertoire et des commentaires employés ont subi l’influence des langues régionales (prākrit) : le malayalam et le tamoul ; cette influence a eu pour résultat de modifier l’orthographe des mots, induisant ainsi des problèmes de transcription et l’ajout d’une lettre : le ‘ḷ’ d’origine tamoule qui se prononce la langue contre le palais.
En conséquence, les mots techniques, les noms des interprètes et des auteurs, les noms d’ouvrages seront écrits avec les signes diacritiques et en italique.

Introduction au kūṭiyāṭṭam

यतो हस्तस्ततो दृष्टिः यतो दृष्टिस्ततो मनः
यतो मनस्ततो भावो यतो भावस्ततो रसः
yato hastastato dṛṣṭiḥ yato dṛṣṭistato manaḥ
yato manastato bhāvo yato bhāvastato rasaḥ

Là où sont les mains, est le regard,
Là où est le regard, est l’esprit,
Là où est l’esprit, sont les sentiments,
Là où sont les sentiments, est le rasa2

Nandikeśvara3

Le kūṭiyāṭṭam (kūṭi : ensemble et āṭṭam : interpréter, est un mot de langue malayalam, langue du Kérala) est la plus ancienne forme de théâtre sanskrit de l’Inde ; tout en préservant ses origines aryennes (en sanskrit ārya, est un terme désignant un peuple qui vécut dans la plaine indo-gangétique), ce théâtre s’est adapté aux conditions régionales et a été assimilé à un art majeur du Kérala, État du sud de l’Inde. Datant d’une époque très ancienne, il était alors renommé dans toute l’Inde. On situe sa création entre le premier et le cinquième siècle de notre ère ; son historicité n’est véritablement attestée que depuis le neuvième siècle, date à laquelle le roi Kulaśekharavarman entreprit de le réformer. Il est la représentation de drames sacrés en langue sanskrite, joués et mis en scène par des troupes attachées aux temples dans un théâtre (kūttaṁpalam) réservé à ces représentations. Ces troupes sont constituées par les cākyār (acteurs), les naṁbyār (musiciens) et les naṅgyār (actrices ou musiciennes qui chantent les formules invocatoires et les versets de bénédiction4), sous-castes du Kérala appartenant aux ambalavasi, caste la plus élevée des serviteurs du temple. On remarquera également que c’est l’un des rares théâtres traditionnels où les rôles féminins sont interprétés par des femmes.

Le kūṭiyāṭṭam est une forme théâtrale hautement stylisée, dans laquelle n’entre aucune volonté de réalisme, où tout est codifié : costume, maquillage et décor (āhārya), gestuelle (aṅgika) et communication orale (vācika).

La vidéo en anglais ci-dessous, réalisée par l’Unesco est une courte synthèse de description de cet art, reconnu chef-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité le 18 mai 2001.

Les trois pages suivantes sont consacrées à la musique, au rythme et aux instruments :

Ces quelques pages sont une première approche de l’univers musical du kūṭiyāṭṭaṁ. Cette étude a pu être faite grâce aux différents textes qui m’ont été communiqués mais une étude de textes n’est qu’un début, car elle n’est pas suffisante pour rendre compte de toute la richesse de ce théâtre. Ce travail a également révélé des manques (par exemple dans l’utilisation des cycles rythmiques (tāla), il reste bien des zones d’ombre qu’une approche plus formelle et plus approfondie pourrait éclaircir.

1 Voir aussi Correspondance nagari – translittération (sanskrit).
2 Expérience esthétique, émotion, sentiment. Mammaṭa Bhatta (rhétoricien kashmiri qui vécut au XIe siècle de notre ère) le définit comme : « Une intense saveur qui élève notre esprit le dotant d’un goût de vraie grandeur… Quelque chose qui doit être ressenti, qui palpite autour de nous, qui pénètre et emplit notre cœur (…) qui le délivre de toute autre sensation. ».
3 Nandikeśvara distingue deux sources de plaisir dans le spectacle : la première source est visuelle et l’autre, auditive. La première est représentée par la danse, le mime, les gestes, les expressions dramatiques des yeux et du visage. La seconde explore la richesse du langage phonique aussi bien que sémantique et transfigure chaque mot, chaque phrase au contact de la musique : horizontalement, grâce à la diversité des rythmes situés dans le temps, et verticalement, grâce aux impulsions montantes et descendantes ainsi que par les nuances sur l’échelle des microtons situés dans l’espace.
Les historiens indiens et occidentaux situent l’école de Nandikeśvara entre le Ve et le IIe siècle avant J.-C., bien que son œuvre n’ait été complétée qu’après le Traité du Théâtre (nāṭyaśāstra) de Bharata.
4 Leur récitation étant assez différente de celle des cākyār, ces formules ne seront pas étudiées ici.


Danielle Sevrette