Dharamvir Bharati
Dharamvir Bharati

Dharamvir Bharati
aṁdhā yuga

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Pièce de théâtre publiée pour la première fois en 1965 chez Kitab Mahal. Extraits pris de l’édition de 2005.

Le texte reproduit ci-dessous a été lu en public le 14 mai 2008 à Aix-en-Provence. Voir le diaporama en téléchargement (format PowerPoint) ou en vidéo ci-dessous.

aṁdhā yuga L’époque aveugle
Dharamvir Bharati Traduction : Muriel Calvet, Jacqueline Cassé, Jyoti Garin, Annie Heulin et Claire Vincent
pahalā aṁka Scène 1
(kaurava nagarī
tīna bāra tūryanāda ke uparānta)
La cité des Kauravas
Après trois coups de trompette
kathā-gāyana Chant narratif
ṭukaṛe-ṭukaṛe ho bikhara cukī maryādā
usako donoṁ hī pakṣoṁ ne toṛā hai
pāṇḍava ne kucha kama kaurava ne kucha zyādā
yaha raktapāta aba kaba samāpta honā hai
yaha ajaba yuddha hai nahīṁ kisī kī bhī jaya
donoṁ pakṣoṁ ko khonā hī khonā hai
aṁdhoṁ se śobhita thā yuga kā siṁhāsana
donoṁ hī pakṣoṁ meṁ viveka hī hārā
donoṁ hī pakṣoṁ meṁ jītā aṁdhāpana
bhaya kā aṁdhāpana mamatā kā aṁdhāpana
adhikāroṁ kā andhāpana jīta gayā
jo kucha sundara thā śubha thā komalatama thā
vaha hāra gayā dvāpara yuga bīta gayā
Brisée, l’éthique a volé en éclats
Les deux clans l’ont brisée
Les Pandavas, un peu moins, les Kauravas, un peu plus.
Ce bain de sang, quand va-t-il cesser ?
C’est une guerre étrange, la victoire n’est à personne
Pour les deux clans, c’est perte sur perte
Le trône de l’Époque est occupé, vain ornement, par des aveugles.
Dans les deux clans, la clairvoyance a perdu.
Dans les deux clans, l’aveuglement a gagné :
l’aveuglement de la peur et l’aveuglement de l’amour des parents.
L’aveuglement des privilèges a gagné
Le beau, le juste, ce qu’il y avait de plus tendre…
ont perdu… l’époque dvâpar s’en est allée.
(pardā uṭhane lagatā hai) Le rideau commence à se lever.
(pardā uṭhane para sṭeja khālī hai। dāīṁ aura bāīṁ ora barache aura ḍhāla liye do praharī haiṁ jo vāratālāpa karate hue yantra-paricālita se sṭeja ke āra-pāra calate haiṁ।) Au lever du rideau, la scène est vide. De droite et de gauche, arrivent deux gardes avec des lances et des boucliers. Ils marchent de long en large en maniant leurs armes.
thake hue haiṁ hama
para ghūma-ghūma paharā dete haiṁ
isa sūne galiyāre meṁ
praharī 1 Garde 1 Nous sommes fatigués,
mais nous continuons à monter la garde en déambulant
dans cette galerie déserte.
sūne galiyāre meṁ
jisake ina ratna-jaṭita farśoṁ para
kaurava-vadhue
maṁthara-maṁthara gati se
surabhita pavana-taraṁgoṁ-sī calatī thīṁ
āja ve vidhavā haiṁ
praharī 2 Garde 2 Dans cette galerie déserte
incrustée de pierres précieuses
où dans une insouciante gaieté
flânaient, telles des effluves parfumées,
les belles-filles des Kauravas
Aujourd’hui, elles sont veuves.
thake hue haiṁ hama
isaliye nahīṁ ki
kahīṁ yuddhoṁ meṁ hamane bhī
bāhubala dikhāyā hai
praharī the hama kevala
satraha dinoṁ ke lomaharṣaka saṁgrāma meṁ
bhāle hamāre ye
ḍhāleṁ hamārī ye
nirarthaka paṛī rahīṁ
aṁgoṁ para bojha banī
rakṣaka the hama kevala
lekina rakṣaṇīya kucha bhī nahīṁ thā yahā(n)
praharī 1 Garde 1 Nous sommes fatigués,
non parce que,
quelque part dans les combats, nous aussi
nous avons déployé nos forces.
Nous n’étions que des gardes.
Durant ces dix-sept jours de bataille palpitante,
nos lances,
nos boucliers,
nous ont été inutiles :
ils sont restés à peser sur nos bras tel un fardeau.
Nous n’étions que des défenseurs,
mais rien n’était digne d’être défendu.
rakṣaṇīya kucha bhī nahīṁ thā yahā(n)
saṁskṛti thī yaha eka būṛhe aura aṁdhe kī
jisakī saṁtānoṁ ne
mahāyuddha ghoṣita kiye
jisake aṁdhepana meṁ maryādā
galita aṁga veśyā-sī
prajājanoṁ ko bhī rogī banātī phirī
usa aṁdhī saṁskṛti
usa rogī maryādā kī
rakṣā hama karate rahe
satraha dina।
praharī 2 Garde 2 Rien n’était digne d’être défendu…
Voilà les mœurs d’un vieillard aveugle
dont la progéniture
a proclamé les terribles batailles.
Un vieillard dont l’aveuglement, l’éthique,
telle une courtisane au corps déchu,
a contaminé même les sujets.
Ces mœurs aveugles,
cette éthique malade,
ils ont été défendus
pendant dix-sept jours.
jisane aba hamako thakā ḍālā hai
mehanata hamārī nirarthaka thī
āsthā kā
sāhasa kā
śrama kā
astitva kā hamāre
kucha artha nahīṁ thā
kucha bhī artha nahīṁ thā
praharī 1 Garde 1 Voilà ce qui nous a fatigués !
Nos efforts étaient vains.
Notre loyauté,
notre témérité,
notre labeur,
notre existence même
n’avaient pas de sens,
aucun sens.
artha nahīṁ thā
kucha bhī artha nahīṁ thā
jīvana ke arthahīna
sūne galiyāre meṁ
paharā de dekara
aba thake hue haiṁ hama
aba cuke hue haiṁ hama
praharī 2 Garde 2 Aucun sens,
pas de sens.
Dans les galeries vaines
et désertes de la vie,
à force de monter la garde,
maintenant nous sommes fatigués,
maintenant nous sommes épuisés.
(cupa hokara ve āra-pāra ghūmate haiṁ। sahasā sṭeja para prakāśa dhīmā ho jātā hai। nepathya se āṁdhī kī-sī dhvani ātī hai। eka praharī kāna lagā kara sunatā hai dūsarā bhauṁhoṁ para hātha rakha kara ākāśa kī ora dekhatā hai।) Muets, ils reprennent leur déambulation. Soudain la lumière baisse sur la scène. On entend un bruit de tonnerre dans les coulisses. Un garde tend l’oreille, la main en visière, il tourne son regard vers le ciel.
sunate ho ?
kaisī hai dhvani yaha bhayāvaha ?
praharī 1 Garde 1 Entends-tu ?
Quel est ce bruit si terrifiant ?
sahasā a dhiyārā kyoṁ hone lagā ?
dekho to
dīkha rahā hai kucha ?
praharī 2 Garde 2 Pourquoi cette soudaine obscurité ?
Regarde donc,
Vois-tu quelque chose ?
aṁdhe rājā kī prajā kahā(n) taka dekhe ?
dīkha nahīṁ paṛatā kucha
hā(n) śāyada bādala hai
praharī 1 Garde 1 Jusqu’où peut voir le sujet d’un roi aveugle ?
On ne distingue rien.
Oui, c’est peut-être un nuage.
(dūsarā praharī bhī bagala meṁ ākara dekhatā hai aura bhayabhīta ho uṭhatā hai) Le deuxième garde s’approche. Il regarde et lui aussi est terrifié.
bādala nahīṁ hai
ve giddha haiṁ
lākhoṁ-karoṛoṁ
pā(n)kheṁ khole
praharī 2 Garde 2 Ce n’est pas un nuage.
Ce sont des vautours
par centaines, par milliers,
aux ailes déployées…
(paṁkhoṁ kī dhvani ke sātha sṭeja para aura bhī a(n)dherā) Au bruit des ailes, la scène s’obscurcit encore.
lo !
sārī kaurava nagarī
kā āsamāna
giddhoṁ ne ghera liyā
praharī 1 Garde 1 Regarde !
Le ciel tout entier
de la cité des Kauravas,
les vautours l’ont envahi.
jhuka jāo
jhuka jāo !
ḍhāloṁ ke nīce
chipa jāo !
narabhakṣī haiṁ
ve giddha bhūkhe haiṁ !
praharī 2 Garde 2 Baisse-toi,
Baisse-toi !
Sous les boucliers,
cache-toi !
Ils sont charognards,
ces vautours sont affamés !
(prakāśa teza hone lagatā hai) La lumière revient peu à peu.
lo ye muṛa gae
kurukṣetra kī diśā meṁ !
praharī 1 Garde 1 Tiens, ils font demi-tour
vers Kouroukchetra !
(ā(n)dhī kī dhvani kama hone lagatī hai) Les coups de tonnerre s’éloignent.
mauta jaise
ūpara se nikala gaī
praharī 2 Garde 2 Comme si la mort
s’était écartée…
aśakuna hai
bhayānaka vaha !
patā nahīṁ kyā hogā
kala taka
isa nagarī meṁ ?
praharī 1 Garde 1 Quel mauvais présage…
C’est terrifiant !
Qui sait ce qui va advenir
d’ici demain
dans cette cité ?
(vidura kā praveśa bāīṁ ora se) Vidour entre côté cour.
kauna hai ? praharī 1 Garde 1 Qui va là ?
maiṁ hū(n)
vidura
dekhā dhṛtarāṣṭra ne ?
dekhā yaha bhayānaka dṛṣya ?
vidura Vidour C’est moi,
Vidour
Dhritarachtra a-t-il vu ?
A-t-il vu cette scène terrifiante ?
dekheṁge kaise ve ?
aṁdhe haiṁ।
kucha bhī kyā dekha sake
aba taka
ve ?
praharī 1 Garde 1 Comment pourrait-il voir ?
Il est aveugle.
A-t-il déjà pu
voir quelque chose
jusqu’à maintenant ?
milūṁgā unase maiṁ
aśakuna bhayānaka hai !
patā nahīṁ saṁjaya
kyā samācāra lāe āja
vidura Vidour Je vais le rencontrer.
Le présage est terrifiant !
Qui sait quelles nouvelles
Sandjay va apporter aujourd’hui…
(praharī jāte haiṁ vidura apane sthāna para cintātura khaṛe rahate haiṁ। pīche kā pardā uṭhane lagatā hai।) Les gardes s’en vont. Vidour est debout. Il reste immobile, plongé dans ses pensées. Le rideau du fond de scène se lève.
kathā gāyana Chant narratif
hai kurukṣetra se kucha bhī khabara na āī
jītā yā hārā bacā-khucā kaurava-dala
jāne kisakī lothoṁ para jā utaregā
yaha narabhakṣī giddhoṁ kā bhūkhā bādala
antaḥpura meṁ maraghaṭa kī-sī āmośī
kṛśa gāndhārī baiṭhī hai śīśa jhukāe
siṁhāsana para dhṛtarāṣṭra mauna baiṭhe haiṁ
saṁjaya aba taka kucha bhī saṁvāda na lāe।
Pas de nouvelles du champ de bataille de Kouroukchetra.
Ce qui reste de l’armée des Kauravas, a-t-elle gagné ou perdu ?
Qui sait sur quels cadavres va fondre
ce nuage de vautours charognards affamés ?
Dans la salle d’audience, on dirait le silence des champs de crémations.
Décharnée, Gandhari est assise, la tête baissée.
Sur le trône, Dhritarachtra est assis, muet.
Sandjay n’a encore rapporté aucune nouvelle.
(pardā uṭhane para antaḥpura। kuśāsana bichāe sādī caukī para gāndhārī eka choṭe siṁhāsana para cintātura dhṛtarāṣṭra। vidura unakī ora baṛhate haiṁ।) Au lever de rideau, le quartier des femmes. Gandhari est assise sur un tabouret sur une natte déroulée. Dhritarachtra est assis sur un petit trône, plongé dans ses pensées. Vidour s’avance vers lui.
kauna ? saṁjaya ? dhṛtarāṣṭra Dhritarachtra Qui est-ce ? Sandjay ?
nahīṁ
vidura hū(n)
mahārāja।
vihvala hai sārā nagara āja
bace-khuce jo bhī dasa-bīsa loga
kaurava nagarī meṁ haiṁ
apalaka netroṁ se
kara rahe pratīkṣā haiṁ
saṁjaya kī।
vidura Vidour Non,
c’est Vidour
Maharadj.
Aujourd’hui, toute la ville est en émoi.
Les quelques habitants qui sont restés
dans le royaume des Kauravas,
le regard fixe,
attendent
l’arrivée de Sandjay.
(kucha kṣaṇa mahārāja ke uttara kī pratīkṣā kara) Attendant quelques instants la réponse de Maharadj.
mahārāja
cupa kyoṁ haiṁ itane
āpa
mātā gāndhārī bhī mauna haiṁ !
vidura Vidour Maharadj,
pourquoi êtes-vous
si taciturne ?
Mata Gandhari aussi a fait vœu de silence !
vidura
jīvana meṁ prathama bāra
āja mujhe āśaṁkā vyāpī hai।
dhṛtarāṣṭra Dhritarachtra Vidour,
dans ma vie, pour la première fois,
le doute m’envahit.
āśaṁkā ?
āpako jo vyāpī hai āja
vaha varṣoṁ pahale hilā gayī thī sabako
vidura Vidour Le doute ?
Ce qui vous envahit aujourd’hui,
il y a bien des années que d’autres l’ont ressenti.
pahale para kabhī bhī tumane yaha nahīṁ kahā… dhṛtarāṣṭra Dhritarachtra Mais tu ne m’en as jamais parlé auparavant !
bhīṣma ne kahā thā
guru droṇa ne kahā thā
isī antaḥpura meṁ
ākara kṛṣṇa
ne kahā thā -
‘maryādā mata toṛo
toṛī huī maryādā
kucale hue ajagara-sī
guṁjalikā meṁ kaurava-vaṁśa ko lapeṭa kara
sūkhī lakaṛī-sā toṛa ḍālegī।’
vidura Vidour Bishma l’avait dit,
Le maître Drona l’avait dit.
Dans cette même salle d’audience,
Krishna était venu
le dire :
« Ne brise pas l’éthique.
L’éthique brisée
est tel un python blessé,
qui dans ses spires enroule le clan des Kauravas,
et le brise comme du bois sec. »
samajha nahīṁ sakate ho
vidura tuma।
maiṁ thā janmāndha।
kaise kara sakatā thā
grahaṇa maiṁ
bāharī yathārtha yā sāmājika maryādā ko ?
dhṛtarāṣṭra Dhritarachtra Toi, Vidour,
tu ne peux pas comprendre.
Je suis né aveugle.
Comment aurais-je pu
connaître
les règles éthiques de la société ?
jaise saṁsāra ko kiyā thā grahaṇa
apane andhepana
ke bāvajūda
vidura Vidour Comme vous l’avez fait,
malgré votre cécité,
pour ce monde.
para vaha saṁsāra
svataḥ apane andhepana se upajā thā।
maiṁne apane hī vaiyaktika samvedana se jo jānā thā
kevala itanā hī thā mere liye vastu-jagat
indrajāla kī māyā-sṛṣṭi ke samāna
ghane gahare a(n)dhiyāre meṁ
eka kāle bindu se
mere mana ne sāre bhāva kiye the vikasita
merī saba vṛttiyā(n) usī se paricālita thīṁ
merā sneha merī ghṛṇā merī nīti merā dharma
bilakula merā hī vaiyaktika thā।
usameṁ naitikatā kā koī bāhya māpadaṁḍa thā hī nahīṁ।
kaurava jo merī māṁsalatā se upaje the
ve hī the antima satya
merī mamatā hī vahā(n) nīti thī
maryādā thī।
dhṛtarāṣṭra Dhritarachtra Mais ce monde
était lui-même né de mon aveuglement.
Ce que j’avais appris grâce à mes seuls sens,
cela seulement, fut pour moi le monde matériel.
Dans mon obscurité profonde,
à partir d’un point noir,
mon cœur a développé tous mes sentiments.
Toutes mes attitudes en étaient issues,
mon amour, mes haines,
ma morale, mes principes,
voilà ce qu’était toute ma personnalité.
Il n’y avait là aucun repère extérieur.
Les Kauravas sont nés de ma chair,
eux seuls étaient mon ultime vérité.
Seul l’attachement filial était ma morale,
c’était mon éthique.
pahale hī dina se kintu
āpakā vaha antima satya
- kauravoṁ kā sainika-bala -
hone lagā thā siddha jhūṭhā aura śaktihīna
pichale satraha dina se
eka-eka kara
pūre vaṁśa ke vināśa kā
samvāda āpa sunate rahe।
vidura Vidour Mais, depuis le tout premier jour
Cette vérité ultime,
la force armée des Kauravas,
s’est révélée un total mensonge.
Depuis les dix-sept derniers jours,
l’un après l’autre,
l’anéantissement de toute la lignée,
voilà les nouvelles que vous ne cessez d’entendre.
mere liye ve samvāda saba nirarthaka the।
maiṁ hū(n) janmāndha
kevala suna hī to sakatā hū(n)
saṁjaya mujhe dete haiṁ kevala śabda
una śabdoṁ se jo ākāra-citra banate haiṁ
unase maiṁ aba taka apiricita hū(n)
kalpita kara sakatā nahīṁ
kaise duḥśāsana kī āhata chātī se
rakta ubala rahā hogā
kaise krūra bhīma ne aṁjulī meṁ
dhāra use
oṭha tara kiye hoṁge।
dhṛtarāṣṭra Dhritarachtra Mais pour moi, toutes ces nouvelles étaient sans véritable signification.
Je suis né aveugle.
Je ne peux qu’entendre.
Sandjay ne me donne que des mots.
Et les images dessinées dans mon esprit à partir de ces mots,
jusqu’à maintenant, j’y suis resté étranger.
Il ne m’est pas possible d’imaginer
comment de la poitrine blessée de Douchassan,
le sang peut bouillonner.
Comment, le cruel Bhim,
le recueillant dans le creux de sa main,
aurait pu y tremper ses lèvres.
(kānoṁ para hātha rakhakara)
mahārāja।
mata dohorāeṁ vaha !
saha nahīṁ pāūgī।
gāndhārī Gandhari Mettant ses mains sur ses oreilles
Ah Maharadj,
ne répétez pas cela !
Je ne pourrai le supporter.
(saba kṣaṇa bhara cupa) Tous restent silencieux un instant.
āja mujhe bhāna huā।
merī vaiyaktika sīmāoṁ ke bāhara bhī
satya huā karatā hai
āja mujhe bhāna huā।
sahasā yaha lagā koī bā(n)dha ṭūṭa gayā hai
koṭi-koṭi yojana taka dahāṛatā huā samudra
mere vaiyaktika anumānita sīmita jaga ko
laharoṁ kī viṣaya-jihvāāoṁ se nigalatā huā
mere antarmana meṁ paiṭha gayā
saba kucha baha gayā
mere apane vaiyaktika mūlya
merī niścinta kintu jñānahīna āsthāe(n)।
yaha jo pīṛā ne
parājaya ne
diyā hai jñāna
dṛṛhatā hī degā vaha।
kintu isa jñāna ne
bhaya hī diyā hai vidura
jīvana meṁ prathama bāra
āja mujhe āśaṁkā vyāpī hai।
dhṛtarāṣṭra Dhritarachtra Aujourd’hui je suis conscient
qu’en dehors de mes limites personnelles aussi,
la vérité existe.
Aujourd’hui, j’en suis conscient…
Soudain, j’ai l’impression qu’un barrage a cédé.
Rugissant sur des milliers de miles,
avalant de ses vagues, telles des langues,
mon univers personnel, fictif et limité,
un océan a fait irruption dans mon esprit.
Tout a été balayé :
mes valeurs individuelles,
ma foi, mes ignorantes croyances.
Ce que la douleur,
la défaite
donne à connaître,
cela donnera de la force.
Mais ce savoir
N’a apporté que l’épouvante, Vidour.
Pour la première fois dans ma vie,
aujourd’hui le doute me pénètre.
bhaya hai to
jñāna hai adhūrā abhī।
prabhu ne kahā thā yaha
‘jñāna jo samarpita nahīṁ hai
adhūrā hai
manobuddhi tuma arpita kara do mujhe।
bhaya se mukta hokara
tuma prāpta mujhe hī hoge
isameṁ saṁdeha nahīṁ।’
vidura Vidour Si la crainte est là,
alors le savoir est incomplet encore.
« Le Seigneur l’a dit :
Le savoir qui n’est pas soumis
est incomplet.
Fais-moi l’offrande de ton intelligence
et libéré de la crainte,
tu me trouveras. »
En cela, il n’y a pas de doute.
(āveśa se)
isameṁ saṁdeha hai !
aura kisī ko mata ho
mujhako hai।
‘arpita kara do mujhako manobuddhi’
usane kahā hai yaha
jisane pitāmaha ke vāṇoṁ se
āhata ho apanī sārī hī
manobuddhi kho dī thī ?
usane kahā hai yaha
jisane maryādā ko toṛā hai bāra-bāra ?
gāndhārī Gandhari Emportée
Justement, il y a un doute !
Peut-être pas pour les autres,
mais pour moi, si.
« Offre-moi ton cœur et ton esprit. »
Il a dit ça,
celui qui, blessé par les flèches de Bhishma,
avait perdu
cœur et esprit ?
Il a dit ça,
celui qui ne cesse de transgresser les règles éthiques, encore et encore ?
śānta raho
śānta raho
gāndhārī śānta raho।
doṣa kisī ko mata do।
andhā thā maiṁ…
dhṛtarāṣṭra Dhritarachtra Calme-toi,
calme-toi,
Gandhari, calme-toi.
N’accuse personne.
J’étais aveugle…
lekina andhī nahīṁ thī maiṁ।
maiṁne yaha bāhara kā vastu-jagat acchī taraha jānā thā
dharma nīti maryādā yaha saba haiṁ kevala āḍambara mātra
maiṁne yaha bāra-bāra dekhā thā।
nirṇaya ke kṣaṇa meṁ viveka aura maryādā
vyartha siddha hote āe haiṁ sadā
hama saba ke mana meṁ kahīṁ eka andha gahvara hai।
bābara paśu andhā paśu vāsa vahīṁ karatā hai
svāmī jo hamāre viveka kā
naitikatā maryādā anāsakti kṛṣṇārpaṇa
yaha saba haiṁ andhī pravṛttiyoṁ kī pośākeṁ
jinameṁ kaṭe kapaṛoṁ kī ā(n)kheṁ silī rahatī haiṁ
mujhako isa jhūṭhe āḍambara se nafarata thī
isaliye svecchā se maiṁne ina ā(n)khoṁ para paṭṭī caṛhā rakkhī thī।
gāndhārī Gandhari Mais moi, je n’étais pas aveugle.
Je le connaissais bien ce monde superficiel.
Ordre, moralité, éthique, ce ne sont là que simples décors
Maintes fois, je l’ai vu…
Au moment de prendre une décision, le discernement et l’éthique
se sont toujours avérés inutiles.
Quelque part en nous, tous, nous avons une part obscure.
L’animal barbare, l’animal aveugle se terre là,
maître de notre discernement.
Moralité, éthique, détachement, soumission à Krishna,
Nos instincts aveugles ne sont que les vêtements d’apparat.
Dans leur étoffe, la place des yeux reste cousue.
Je détestais ce décorum mensonger.
C’est pourquoi j’avais volontairement posé un bandeau sur mes yeux…
kaṭu ho gaī ho tuma
gāndhārī
putraśoka ne tumako andara se
jarjara kara ḍalā hai
tumhīṁ ne kahā thā
duryodhana se…
vidura Vidour Tu es devenue amère,
Gandhari !
Le deuil de la perte de tes fils
t’a affaiblie.
Mais c’est toi qui avais dit
à Douryodhana…
maiṁne kahā thā duryodhana se
dharma jidhara hogā o mūrkha
udhara jaya hogī
dharma kisī ora nahīṁ thā।lekina
saba hī the andhī pravṛttiyoṁ se paricālita
jisako tuma kahate ho prabhu
usane jaba cāhā
maryādā ko apane hī hita meṁ badala liyā।
vaṁcaka hai।
gāndhārī Gandhari J’avais dit à Douryodhana :
Ô imbécile, là où règnera l’Ordre,
là sera la victoire !
Mais l’Ordre n’était dans aucun camp !
Ils étaient tous livrés à des instincts aveugles.
Celui que tu appelles « Seigneur »,
à son bon vouloir,
celui-là a changé la règle éthique en sa faveur.
C’est un imposteur !
śānta raho gāndhārī। dhṛtarāṣṭra Dhritarachtra Calme-toi Gandhari.
yaha kaṭu nirāśā kī
uddhata anāsthā hai।
kṣamā karo prabhu !
yaha kaṭu anāsthā bhī apane
caraṇoṁ meṁ svīkāra karo !
āsthā tuma lete ho
legā anāsthā kauna ?
kṣamā karo prabhu !
putra-śoka se jarjara mātā haiṁ gāndhārī।
vidura Vidour Voilà que l’amer désespoir
te fait perdre la foi.
Pardonne-moi, Seigneur !
Cette amère mécréance aussi,
accepte-la à tes pieds !
Tu accueilles la foi,
qui donc va accueillir la mécréance ?
Pardonne-moi, Seigneur !
Depuis la perte de ses fils, Mata Gandhari est affaiblie.
mātā mata kaho mujhe
tuma jisako kahate ho prabhu
vaha bhī mujhe mātā hī kahatā hai।
śabda yaha jalate hue lohe kī salākhoṁ-sā
merī pasaliyoṁ meṁ dha satā hai।
satraha dina ke andara
mere saba putra eka-eka kara māre gae
apane ina hāthoṁ se
maiṁne una phūloṁ-sī vadhuoṁ kī kalāiyoṁ se
cūṛiyā utārī haiṁ
apane isa ā cala se
seṁdura kī rekhāe(n) poṁchī haiṁ।
gāndhārī Gandhari Ne m’appelle pas Mata, « mère ».
Celui que tu appelles « Seigneur »,
lui aussi, m’appelle « Mata ».
Ce mot, tel un glaive de feu,
me transperce.
En dix-sept jours,
tous mes fils, l’un après l’autre, ont été tués.
De ces mains,
j’ai enlevé les bracelets des poignets
de leurs épouses, telles des fleurs.
Avec le rebord de mon sari,
j’ai essuyé leurs marques de vermillon.
(nepathya se) Dans les coulisses
jaya ho
duryodhana kī jaya ho।
gāndhārī kī jaya ho।
maṁgala ho
narapati dhrtarāṣṭra kā maṁgala ho।
  Victoire !
Victoire à Douryodhana
Victoire à Gandhari
Que le bien soit !
Que le bien soit pour le protecteur des hommes, Dhritarachtra !
dekho।
vidura dekho saṁjaya āe।
dhṛtarāṣṭra Dhritarachtra Regarde,
Regarde Vidour, Sandjay est arrivé…
jīta gayā
merā putra duryodhana !
maiṁne kahā thā
vaha jītegā niścaya āja।
gāndhārī Gandhari Il a gagné,
mon fils Douryodhana !
Je l’avais prédit.
Il gagnera certainement aujourd’hui.
(praharī kā praveśa) Un garde entre.
yācaka hai mahārāja ! praharī Le garde Un mendiant est là, Maharadj !
(yācaka kā praveśa) Le mendiant entre.
eka vṛddha yācaka hai। C’est un vieux mendiant.
yācaka hai ?
unnata lalāṭa
śvetakeśī
ājānubāhu ?
vidura Vidour Un mendiant ?
Au front noble,
aux cheveux blancs
et aux bras qui touchent les genoux ?
maiṁ vaha bhaviṣya hū(n)
jo jhūṭhā siddha huā āja
kaurava kī nagarī meṁ
maiṁne māpā thā nakṣatroṁ kī gati ko
utārā thā aṁkoṁ meṁ।
mānava-niyati ke
alikhita akṣara jā ce the।
maiṁ thā jyotiṣī dūra deṣa kā।
yācaka Le mendiant Je suis cet avenir
qui s’est avéré mensonger aujourd’hui
dans la cité des Kauravas.
J’avais mesuré le mouvement des étoiles.
Je l’avais calculé.
De la destinée de l’homme,
j’avais étudié les caractères non inscrits.
J’étais l’astrologue d’un pays lointain.
yāda mujhe ātā hai
tumane kahā thā ki dvandva anivārya hai
kyoṁki usase hī jaya hogī kaurava-dala kī।
dhṛtarāṣṭra Dhritarachtra Je me souviens,
tu avais dit, le conflit est inévitable
car c’est de lui que proviendra la victoire du clan des Kauravas.
maiṁ hū(n) vahī
āja merā vijñāna saba mithyā hī siddha huā।
sahasā eka vyakti
aisā āyā jo sāre
nakṣatroṁ kī gati se bhī zyādā śaktiśalī thā।
usane raṇabhūmī meṁ
viṣādagrasta arjuna se kahā -
‘maiṁ hū(n) parātpara।
jo kahatā hū(n) karo
satya jītegā
mujhase lo satya mata ḍaro।’
yācaka Le mendiant En effet, je suis celui-là,
Mais aujourd’hui, ma science toute entière, s’est avérée mensongère.
Soudain, un homme
prodigieux est arrivé,
qui s’est avéré plus puissant que le mouvement des astres.
Sur le champ de bataille,
il dit à Arjuna :
‘Je suis l’Au-delà.
Fais ce que je te demande,
la Vérité triomphera.
Tiens la Vérité de moi, n’aies pas peur.’
prabhu the ve vidura Vidour C’était le Seigneur !
kabhī nahīṁ ! gāndhārī Gandhari Certainement pas !
unakī gati meṁ hī
samāhita hai sāre itihāsoṁ kī
sāre nakṣatroṁ kī daivī gati।
vidura Vidour C’est Son mouvement
qui englobe l’Histoire toute entière,
le mouvement divin qui embrasse tous les mouvements des astres.
patā nahīṁ prabhu haiṁ yā nahīṁ
kintu usa dina yaha siddha huā
jaba koī bhī manuṣya
anāsakta hokara cunautī detā hai itihāsa ko
usa dina nakṣatroṁ kī diśā badala jātī hai।
niyati nahīṁ hai pūrvanirdhārita-
usako hara kṣaṇa mānava-nirṇaya banātā-miṭātā hai।
yācaka Le mendiant Je ne sais pas si c’est le Seigneur ou pas
mais, ce jour-là, il a été prouvé que
lorsqu’un homme,
détaché, lance un défi à l’Histoire,
ce jour-là, la trajectoire des astres est déviée.
Sa lancée n’est pas prédestinée…
à chaque instant, la décision humaine la fait ou la défait.
praharī isako eka aṁjula mudrāeṁ do।
tumane kahā hai -
‘jaya hogī duryodhana kī।’
gāndhārī Gandhari Garde, donnez-lui une poignée de pierres précieuses
Tu as dit :
‘Douryodhan sera vainqueur.’
maiṁ to hū(n) jhūṭhā bhaviṣya mātra
mere śabdoṁ kā isa vartamāna meṁ
koī mūlya nahīṁ
mere jaise
jāne kitane jhūṭhe bhaviṣya
dhvasta svapna
galita tattva
bikhare haiṁ kaurava kī nagarī meṁ
galī-galī।
mātā haiṁ gāndhārī
mamatā meṁ pāla rahī haiṁ saba ko।
yācaka Le mendiant Je suis un simple avenir mensonger.
En ce présent, ces paroles
n’ont aucune valeur.
Comme moi,
qui sait combien d’avenirs mensongers,
de rêves tombés,
de principes épuisés,
sont dispersés dans la cité des Kauravas,
dans chaque ruelle.
Gandhari est mère
et son amour maternel nous protège tous.
(praharī mudrāe(n) lākara detā hai) Le garde apporte des pierres précieuses.
jaya ho duryodhana kī !
jaya ho gāndhārī kī !
Victoire à Douryodhan !
Victoire à Gandhari !
(jātā hai) Il part.
hogī
avaśya hogī jaya।
merī yaha āśā
yadi andhī hai to ho
para jītegā duryodhana jītegā।
gāndhārī Gandhari Oui,
la victoire est certaine.
Si cet espoir est aveugle,
alors qu’il le soit !
Il gagnera, Douryodhan gagnera.
(dūsarā praharī ākara dīpa jalātā hai) Le deuxième garde vient allumer les lampes.
ḍūba gayā dina… vidura Vidour Le jour a disparu…
para
saṁjaya nahīṁ āe
lauṭa gae hoṁge
saba yoddhā aba śivira meṁ
jīta kauna ?
hārā kauna ?
dhṛtarāṣṭra Dhritarachtra Mais
Sandjay n’est pas arrivé.
À cette heure-ci, tous les guerriers
ont dû se retirer dans leurs tentes…
Qui a gagné ?
Qui a perdu ?
mahārāja !
saṁśaya mata kareṁ।
saṁjaya jo samācāra lāeṁge śubha hogā
mātā aba jākara viśrāma kareṁ
nagara-dvāra apalaka khule hī haiṁ
saṁjaya ke ratha kī pratīkṣā meṁ
vidura Vidour Maharadj !
Ne doutez point.
La nouvelle qu’apportera Sandjay sera favorable.
Mata, allez donc vous reposer maintenant.
Les portes de la cité restent ouvertes, sans fermer les paupières,
elles guettent Sandjay.
(eka ora vidura aura dūsarī ora dhṛtarāṣṭra tathā gāndhārī jāte haiṁ praharī punaḥ sṭeja ke ārapāra ghūmane lagate haiṁ) Vidour part d’un côté, Dhritarachtra et Gandhari, de l’autre. De nouveau, les gardes arpentent la scène.
maryādā ! praharī 1 Garde 1 L’éthique !
anāsthā ! praharī 2 Garde 2 La mécréance !
putraśoka ! praharī 1 Garde 1 Le chagrin de la perte des fils !
bhaviṣyat praharī 2 Garde 2 L’avenir !
ye saba
rājāoṁ ke jīvana kī śobhā haiṁ।
praharī 1 Garde 1
ce sont les ornements de la vie des rois.
ve jinako ye saba prabhu kahate haiṁ।
isa saba ko apane hī jimme le lete haiṁ।
praharī 2 Garde 2 Celui que tous ces gens-là appellent « Seigneur »
Il les prend tous en charge !
para yaha jo hama donoṁ kā jīvana
sūne galiyāre meṁ bīta gayā…
praharī 1 Garde 1 Mais, la vie, la nôtre,
passée dans les galeries désertes…
kauna ise
apane jimme legā ?
praharī 2 Garde 2 Qui
va la prendre en charge ?
hamane maryādā kā atikramaṇa nahīṁ kiyā
kyoṁki nahīṁ thī apanī koī bhī maryādā।
praharī 1 Garde 1 Nous n’avons pas franchi l’éthique
car nous n’avions aucune éthique propre.
hamako anāsthā ne kabhī nahīṁ jhakajhorā
kyoṁki nahīṁ thī apanī koī bhī gahana āsthā।
praharī 2 Garde 2 Jamais la mécréance ne nous a titillés
car nous n’avions aucune croyance profonde.
hamane nahīṁ jhelā śoka praharī 1 Garde 1 Nous n’avons pas subi de deuil.
jānā nahīṁ koī darda praharī 2 Garde 2 Nous n’avons pas connu de douleur.
sūne galiyāre-sā sūnā yaha jīvana bhī bīta gayā। praharī 1 Garde 1 Comme ces galeries désertes, cette vie de service aussi a fait son temps.
kyoṁki hama dāsa the praharī 2 Garde 2 Parce que nous étions des serviteurs.
kevala vahana karate the ājñāe(n) hama andhe rājā kī praharī 1 Garde 1 Nous ne faisions qu’exécuter les ordres du roi aveugle.
nahīṁ thā hamārā koī apanā khuda kā mata
koī apanā nirṇaya
praharī 2 Garde 2 Nous n’avions jamais d’avis personnel,
aucune initiative personnelle.
isaliye sūne galiyāre meṁ
niruddeśya
niruddeśya
calate hama rahe sadā
dāe(n) se bāe(n)
aura bāe(n) se dāe(n)
praharī 1 Garde 1 C’est pourquoi dans cette galerie déserte,
sans but,
sans but,
nous avons toujours continué à déambuler
de droite à gauche,
et de gauche à droite.
marane ke bāda bhī
yama ke galiyāre meṁ
calate raheṁge sadā
dāe(n) se bāe(n)
aura bāe(n) se dāe(n) !
praharī 2 Garde 2 Même après la mort,
dans les galeries de Yama,
nous continuerons toujours à déambuler
de droite à gauche,
et de gauche à droite.
(calate-calate viṁga meṁ cale jāte haiṁ। sṭeja para a(n)dherā dhīre-dhīre paṭākṣepa ke sātha) Ils marchent et disparaissent dans les coulisses. La scène s’obscurcit pendant que le rideau tombe.
kathā gāyana Chant narratif
āsanna parājaya vālī isa nagarī meṁ
saba naṣṭa huī paddhatiyā(n) dhīme-dhīme
yaha śāma parājaya kī bhaya kī saṁśaya kī
bhara gae timira se ye sūne galiyāre
jinameṁ būṛhā jhūṭhā bhaviṣya yācaka-sā
hai bhaṭaka rahā ṭukaṛe ko hātha pasāre
andara kevala do bujhatī lapaṭeṁ bākī
rājā ke andhe darśana kī bārīkī
yā andhī āśā mātā gāndhārī kī
vaha saṁjaya jisako yaha vardāna milā hai
vaha amara rahegā aura taṭastha rahegā
jo divya dṛṣṭi se saba dekhegā samajhegā
jo andhe rājā se saba satya kahegā।
jo mukta rahegā brahmāstroṁ ke bhaya se
jo mukta rahegā ulajhana se saṁśaya se
vaha saṁjaya bhī
isa moha-niśā se ghira kara
hai bhaṭaka rahā
jāne kisa
kaṁṭaka-patha para।
Dans cette cité proche de la défaite,
toutes les traditions se sont corrompues peu à peu,
un crépuscule de défaite, de terreur et de doute règne…
Ces galeries désertes sont plongées dans l’obscurité
où l’Avenir, tel un vieux mendiant félon,
erre, la main tendue, quémandant une bouchée.
Seuls demeurent deux lueurs évanescentes :
l’étroitesse de la vision aveugle du roi
et l’espoir aveugle de Mata Gandhari.
Sandjay, qui a reçu le don,
il est immortel et atteindra la rive.
Celui qui, doué de la vision divine, voit tout, comprend tout,
celui-là dira toute la vérité au roi aveugle.
Celui qui est libre de la crainte des armes célestes de Brahma
celui qui est libre de tourments et de doutes,
même lui, Sandjay,
plongé dans cette nuit de l’attachement
erre,
qui sait
sur quel chemin d’épines…