Tripurari Sharma
Tripurari Sharma, en compagnie de Jyoti Garin

Tripurari Sharma
kath ki gari

Une biographie de l’auteure, professeure au National School of Drama est disponible en anglais sur World’s People Blog.

Pièce de théâtre en 9 scènes, traduite en anglais (cf. couverture ci-dessous). Le texte présenté ici est celui de l’édition originale en hindi.

Drama contemporary - India

Le texte reproduit ci-dessous a été lu en public le 27 mai 2010 à Aix-en-Provence. Voir l’afficheAcrobat.

pātra Personnages
caukīdāra
mehatara
Kāsima
paṇḍā
ādamī
aurateṁ
abhinetā
sūtradhāra
Madana
Kanu
nanaṁda
bhābhī
vyakti
buṛhiyā
būṛhā
gā(n)va vāle
pati
Mīrā
Prabhā
Anuja
Rośana
Nārāyaṇa
Anemā
Jyotiṣī
afasara
bhīṛa
Le gardien
Le balayeur
Kasim
Un officiant
Un homme
Des femmes
Les acteurs
Le narrateur
Madan
Kenou
Belle-sœur 1 (sœur du mari)
Belle-sœur 2 (femme du frère)
Membre de l’auditoire
Une vieille femme
Un vieillard
Des villageois
Le mari de Kenou
Mira
Prabha
Anoudj
Roshan
Narayan
Anémma
Des astrologues
L’agent de police
La foule
kath ki gari La carriole en bois
Auteur : Tripurari Sharma Traduction : Jacqueline Cassé, Annie Heulin, Claire Vincent et Jyoti Garin
pahalā aṁka Scène 1
(khulā sā maṁca jisake tīna yā cāra darśaka haiṁ। unake bīca se kucha rāste bīca maṁca taka jāte haiṁ - khāsa taura se eka baṛā sā rāstā। usa para mehatara jhāṛū lagā rahā hai। pānī bharane vālā pānī le jā rahā hai। pṛṣṭha bhūmī meṁ lokanātha kā maṁdira। subaha kā samaya hai। kāsima - kuṣṭha rogī - mahīna safeda kapaṛe bichākara una para patthara rakha rahā hai। tabhī moṭe se kambala meṁ apane āpa ko chipāe madana dhīre dhīre ātā hai। vaha bhītara hī bhītara uttejita hai।) Une scène d’extérieur avec trois ou quatre spectateurs. Au milieu d’eux, plusieurs allées mènent à la scène, en particulier, une grande allée, qu’un balayeur nettoie. Un porteur d’eau passe avec sa charge d’eau potable. À l’arrière-plan, le temple de Loknath1. C’est le matin. Kasim, un lépreux, étale de fins tissus blancs et les maintient au sol avec des pierres. Se cachant derrière une épaisse couverture, Madan avance lentement. Il est tout excité.
(mehatara se) lokanātha kī savārī yahīṁ se nikalatī hai na ? Madana Madan (Au balayeur) C’est bien d’ici que part la procession du Seigneur Loknath, non ?
hā(n) sāhaba (madana eka ora haṭa jātā hai। logoṁ kī bhīṛa jamā hone lagatī hai। tabhī maṁdira ke caukīdāra kā praveśa।) mehatara Le balayeur Oui, M’sieur. (Madan s’écarte. Une foule commence à se rassembler. Le gardien du temple entre.)
(mehatara se) abhī taka jhāṛū taka nahīṁ diyā gayā ? loga-bāga ā cuke haiṁ… savārī kā ṭāima ho gayā… aura yahā(n)… caukīdāra Le gardien (Au balayeur) Quoi ! C’est pas encore balayé ici ? Les gens sont déjà là… c’est l’heure de la procession… ici, c’est…
maiṁ to kucha kara bhī rahā hū(n)… aura tuma ? mehatara Le balayeur Moi, au moins, je me rends utile… mais toi ?
zyādā bāta mata banā kāma kara। samajhā ? (kāsima se) kyā samajhatā hai… yahā(n) jhāṛū tere bhīkha mā(n)gane ke liye diyā jā rahā hai ? (bichāe hue kapaṛe ko uṭhākara kāsima eka tarafa khaṛā ho jātā hai। kucha dera bāda unheṁ phira bichāne lagatā hai।) sunā nahīṁ sāle ? bhāga yahā(n) se। bāhara jāke baiṭha। (apane se) inakā basa cale to sīdhe maṁdira meṁ hī cale āeṁ। caukīdāra Le gardien Arrête ton char, et au boulot ! Pigé ? (À Kasim) Qu’est-ce que tu crois… qu’on balaye ici pour que toi, tu puisses mendier ? (Kasim ramasse un tissu par terre et se tient debout dans un coin. Quelques instants plus tard, il recommence à l’étaler.) T’as pas entendu ? Dégage, espèce de salopard ! Va-t’asseoir ailleurs ! (En aparté) Si on les laissait faire, ça rentrerait jusque dans le temple !
kyoṁ pichalā haftā nahīṁ milā ? mehatara Le balayeur Qu’est-ce que tu as ? T’as pas eu ton fric de la semaine dernière ?
inase maiṁ haftā lūṁgā। merā basa cale to… caukīdāra Le gardien Prendre leur fric ? Si c’était moi qui décidait…
(ha(n)sakara) maiṁ bhī achūta hū(n) - mere hātha kā pānī nahīṁ piyegā - para kāma dilāne kā hissā nahīṁ choṛatā (caukīdāra use ghūratā hai) ā - māra - māra usake liye bhī hātha lagānā paṛatā hai (kāsima ha(n)satā hai) mehatara Le balayeur (En riant) Moi aussi, je suis un intouchable… Il n’acceptera pas l’eau de ma main, mais ça le gêne pas de toucher sa part sur mon fric. (Le gardien lui lance un regard furieux.) Allez, viens, frappe-moi, vas-y ! Mais pour ça, il faudra me toucher. (Kasim rit.)
tuma jaisoṁ ko lāina meṁ khaṛā karake eka-eka karake golī se kyoṁ nahīṁ uṛā diyā jātā ? sunā hai, fauja meṁ bekāra ghoṛoṁ ke sātha yahī hotā hai- caukīdāra Le gardien Les gens comme vous, pourquoi on les met pas en rang et on les fusille pas tous, un par un ? Paraît que dans l’armée, c’est ce qu’on fait avec les vieux bourrins…
phira bhale loga dāna kaise deṁge mehatara Le balayeur Mais alors, les gens bien, à qui ils vont faire la charité ?
(isa bīca maṁca para kucha aura loga ā cuke haiṁ। unameṁ sikkoṁ kā vyāpārī bhī hai - kāsima use ceṁja dekara rupae letā hai। kucha loga rupae dekara rezagārī kharīda lete haiṁ। tabhī paṇḍā ātā hai।) Pendant ce temps, d’autres personnes se sont rassemblées sur scène. Parmi eux, il y a aussi un changeur de monnaie. Kasim échange des pièces contre des billets. D’autres font l’inverse. Un officiant entre.
darśana kareṁge sāhaba ? basa ikyāvana rupayā, baṛhiyā darśana karavāūṁgā sāhaba, devatā ke ekadama pāsa le jākara koī dikkata nahīṁ hogī ; pā(n)va chū sakeṁge… paṇḍā L’officiant Vous voulez un darshan, une audience, Monsieur ? Pour cinquante et une2 roupies seulement, un excellent darshan, Monsieur, tout près du Dieu, no problem ; vous pourrez même Lui toucher les pieds…
(kāsima se) noṭa mila gayā ? (kāsima anasunā karanā cāhatā hai para caukīdāra usake pīche paṛakara apanā haftā le letā hai।) caukīdāra Le gardien (À Kasim) Alors, t’as eu ton billet ? (Kasim fait semblant de ne pas entendre, mais le gardien le rattrape et lui prend sa paye de la semaine.)
(kisī dūsare vyakti se) kahā(n) se āe sāhaba ? śahara kā nāma batāiye - bāpa kā nāma - bākī hama batāeṁge… paṇḍā L’officiant (À un autre homme) D’où êtes-vous, Monsieur ? Dites-moi juste le nom de votre ville… de votre père… et le reste, c’est moi qui vous le dirai !
abhī jaldī hai (phūla-prasāda becane vāloṁ kā śora) ādamī Un homme Je suis pressé… (Cris des vendeurs de fleurs et des marchands d’offrandes rituelles)
(baṛabaṛāte hue) āratī kā ṭāima ho gayā aura bhagavāna nahīṁ jāge ? paṇḍā L’officiant (En marmonnant) C’est l’heure de la prière du matin, et le dieu n’est pas encore réveillé ?
savārī kitanī dera meṁ nikalegī ? aurata Une femme La procession partira dans combien de temps ?
kyā bharosā। paṇḍā L’officiant Allez savoir !
(tabhī pīche se śora। kucha loga lokanātha (śiva) kī savārī khīṁcakara lā rahe haiṁ - sātha meṁ bhajana gā rahe haiṁ। usake pīche eka ādamī calā ā rahe hai। yaha nāṭaka kā sūtradhāra hai aura nāṭaka maṇḍalī kā saṁcālaka-nirdeśaka bhī।) Juste à ce moment-là, on entend du bruit au fond de la scène. Quelques personnes marchent en procession et tirent un char transportant le Seigneur Loknath. Ils psalmodient des chants dévotionnels. Derrière la foule, un homme se fraye un chemin parmi les spectateurs. Il est à la fois le narrateur de la pièce et le directeur de la troupe de théâtre.
bābā lokanātha ke caraṇoṁ meṁ sevā lāge !
here kailāśapati ke caraṇoṁ meṁ sevā lāge ! bama, bama, bama mahādeva, bama bama bama !
he! bholedeva ke caraṇoṁ meṁ sevā lāge ! trilokanātha ke caraṇoṁ meṁ sevā lāge !
bama, bama, bama mahādeva, bama bama !
bholā bābā, pāra karegā bholā bābā, pāra karegā,
bama bama bama mahādeva, bama bama bama…
bhīṛa La foule Baba Loknath, nous sommes à tes pieds, nous, tes serviteurs !
Ô Seigneur Kailash, nous sommes à tes pieds, nous, tes serviteurs ! Bam-bam-bam ! Mahadév, bam-bam-bam !
Hé ! Bholédév, nous sommes à tes pieds, nous, tes serviteurs ! Seigneur des trois mondes, nous sommes à tes pieds, nous tes serviteurs !
Bam, bam, bam Mahadév, bam, bam, bam !
Bholababa, il sera notre passeur, Bholababa. Il nous fera traverser l’océan de la vie !
Bam, bam, bam, Mahadév, bam, bam, bam…
(śaṁkha, ḍhola aura āvāzoṁ ke guṁjana se māhaula meṁ uttejanā bhara jātī hai ; loga ratha kī parikramā karane lagate haiṁ ; kucha saṛaka para leṭa jāte haiṁ ; dūra se nārāyaṇa hātha ke bala khīṁcane vālī gāṛī meṁ baiṭhakara use jaldī-jaldī calāte hue pāsa ātā hai ; usake mu(n)ha se ‘jaya mahādeva’ bāra-bāra nikalatā hai। usake pīche-pīche annemā ātī hai।donoṁ būṛhe aura kuṣṭha rogī raha cuke haiṁ। kāsima unake pāsa ātā hai aura zamīna para alyūminiyama kā kaṭorā bajāne lagatā hai। bhīṛa kā jośa baṛhatā hai ; anemmā bhī dhīre-dhīre jhūmane lagatī hai aura bāra-bāra apanā sira zamīna para paṭakatī hai। madana jo cupa-cāpa dekha rahā thā, sahasā… apane jūte utārakara, ratha ke ūpara rakhe śivaliṁga ko ghūrane kā prayāsa karatā hai।) Au son des conques, des tambours et des voix, une ferveur religieuse s’élève. Quelques fidèles commencent à faire une circumambulation autour du char ; d’autres se prosternent sur la route. De loin, Narayan s’approche dans une carriole de fortune3 à la force des bras. Il psalmodie en continu « Jaya Mahadév ! ». Anémma le suit. Tous les deux sont vieux et sont d’anciens lépreux. Kasim s’approche d’eux et commence à faire tinter son bol en aluminium contre le sol. La foule est transportée. Anémma aussi commence à se balancer et se frappe ostensiblement la tête contre le sol. Soudain Madan, qui observait tout cela tranquillement, se déchausse et tente d’apercevoir le Shiva-linga4 tout en haut du char.
(usake jūte ko ghūratā hai ; phira kucha samajhakara) are - pakaṛo usako ! koṛhī ! koṛhī - aṁdara ghusa āyā ratha pe… pakaṛo use। (logoṁ meṁ khalabalī - madana idhara-udhara bhāgakara ratha meṁ chipa jātā hai ; loga use bāhara ḍhūṁṛhate rahate haiṁ। tabhī maṁca ke eka kone meṁ do abhinetā darśakoṁ kī pratikriyā dekhakara mazā le rahe haiṁ।) caukīdāra Le gardien (Il fixe les chaussures de Madan ; il comprend alors.) Hé ! Attrapez-le !… C’est un lépreux ! Un lépreux s’est introduit ici… Attrapez-le ! (Une confusion s’ensuit… Madan court d’un côté et de l’autre. Il se cache à l’intérieur du char ; les gens le cherchent dehors. À cet instant, deux acteurs, debout dans un coin de la scène, gloussent en voyant les réactions des spectateurs.)
abe dekha। inakī nāka- bhaveṁ kaise sikuṛa gaīṁ- abhinetā 1 Acteur 1 Hé, regarde ça ! Comment ils ont le nez pincé et les sourcils froncés !…
kamīza jhāṛane lage !… unhoṁne sāṛī aura sameṭa lī। abhinetā 2 Acteur 2 Ils ont brossé leurs manches de chemises !… et elles, comme elles s’enveloppent et réajustent leur sari autour d’elles.
inheṁ bhī to dekha ! lagatā hai jī ghabarāne lagā।lagataa hai jii ghabaraane lagaa। abhinetā 1 Acteur 1 Tiens, et regarde ceux-là ! On dirait qu’ils sont terrifiés !
sāhaba ghaṛī dekhane lage ? lāgatā hai yaha nātaka logoṁ ko pasaṁda nahīṁ āegā। (sūtradhāra se) janāba zarā sṭeja klīeara karavāiye। abhinetā 2 Acteur 2 Monsieur regarde sa montre ? On dirait que cette pièce ne va pas leur plaire. (Au narrateur) Monsieur, faites dégager la scène, s’il vous plaît !
kyoṁ, kyoṁ, kyā huā ? (anya abhinetā apanī bhūmikā choṛakara khaṛe ho jāte haiṁ) sūtradhāra Le narrateur Pourquoi, comment ça, qu’est-ce qui se passe ? (Les autres acteurs s’interrompent et se mettent debout.)
śaśa… darśaka resṭalesa ho rahe haiṁ… abhinetā 1 Acteur 1 Chut !… les spectateurs s’impatientent…
(ḍā(n)ṭate hu) kara diyā na kabāṛā (darśakoṁ se) nāṭaka to śurū ho cukā। āapane dekhāa madana kaise lokanātha ke pā(n)va chūnā cāhatā thā, para bhīṛa kā gussā dekhakara use chipanā paṛā… sūtradhāra Le narrateur (Sermonnant) Regardez, vous êtes en train de tout gâcher ! (Aux spectateurs) En fait, la pièce a déjà commencé. Vous avez vu comment Madan voulait toucher les pieds du Seigneur Loknath, mais il a dû se cacher, confronté à la colère de la foule…
nāyaka cunā bhī to koṛhī ! abhinetā 1 Acteur 1 Ah, quel choix de héros… un lépreux !
isameṁ kitanā ḍara aura nafarata haiṁ। sūtradhāra Le narrateur Prenez justement ce mot… « lépreux ». Comme il provoque la haine et la peur !
zarā saṁbhala kara, dillī śahara ke loga haiṁ - śiṣṭa sāfa suthare। abhinetā 1 Acteur 2 Attention ! Ces gens-là sont de Delhi… des gens bien, propres sur eux et tout…!
sabase vahamī kauma ! (darśakoṁ se) abhī jo yahā(n) huā jo āpane dekhā - usake bāre meṁ āpakā kyā mata hai ? sūtradhāra Le narrateur Des plus superstitieux, vous voulez dire ! (Aux spectateurs) Ce qui vient d’arriver ici, ce que vous avez vu… qu’en pensez-vous ?
galī-bāzāroṁ meṁ roza dekhate haiṁ aura ṭāla dete haiṁ - usase mata kā patā nahīṁ calatā ? abhinetā 1 Acteur 1 Ils voient ça tous les jours, dans les ruelles, dans les bazars, et ils ferment les yeux… et cela ne vous dit rien de ce qu’ils pensent ?
logoṁ ko apanā bakhāna sunane bulāyā hai ? abhinetā 2 Acteur 2 Hé… vous avez invité les spectateurs pour qu’ils écoutent votre exposé !
darśaka hamāre mehamāna – (tabhī daraśakoṁ meṁ se eka vyakti uṭhake āge baṛhatā hai) sūtradhāra Le narrateur Les spectateurs sont nos hôtes… (Un membre de l’auditoire se lève et s’avance.)
iksakyūza mī, maiṁ āpase pūchanā cāhatā hū(n) - ye bhajana-kīrtana kisa liye rakhā gayā ? vyakti Membre de l’auditoire Excusez-moi, je voudrais vous demander quelque chose… Pourquoi ce prêchi-prêcha ?
rakha liyā so rakha liyā ! abhinetā 1 Acteur 1 Parce que !
usake pīche kyā darśana hai – (nāṭaka kā brośara dikhāte hue) eka tarafa āpa vaijñānika dṛṣṭikoṇa kī bāta karate haiṁ - dūsarī tarafa usī dṛṣṭikoṇa kī prastuti meṁ kīrtana ṭhū(n)sa dete haiṁ- vyakti Membre de l’auditoire C’est quoi le concept derrière tout ça ? (Montrant le programme de la pièce) D’un côté, dans votre programme, vous annoncez un point de vue rationnel, et de l’autre, vous introduisez des kirtans5 religieux dans ce même point de vue !…
aupacārikatā hai। sabhī ādhūnika nāṭaka aise hī śurū hote haiṁ - kaṭampararī tarīkā hai। abhinetā 2 Acteur 2 C’est une thérapie… Toutes les pièces modernes commencent ainsi… C’est le style contemporain…
kaṭampararī nahīṁ, sāīṁṭifika kī bāta kara rahā hū(n)। vyakti Membre de l’auditoire Je ne parle pas du style contemporain, mais d’un point de vue rationnel.
aba yahī savāla। śuruāta kahā(n) se kī jāe। apanī aṁgrezī tālīma se yā saṁskāroṁ se- sūtradhāra Le narrateur L’éternelle question ! Par où devons-nous commencer ? Par notre éducation anglaise, rationnelle ? Ou bien, par nos propres rites culturels…
saṁskāra yā aṁdhaviśvāsa ? vyakti Membre de l’auditoire Rites traditionnels ou obscurantisme ?
calo, vyahavahāra ke vaha tarīke jo hameṁ apane māhaula se mile unheṁ kaise bhulā deṁ ? sūtradhāra Le narrateur Qu’importe ! Comment oublier ces qualités que nous avons acquises successivement, de notre propre environnement culturel ?
(vyakti se) śo ke bāda nipaṭa lenā। abhinetā 1 Acteur 1 (À celui qui vient de parler) Vous réglerez ça après la représentation !
(sūtradhāra se) khāmakhā(n) kī bahasa। vaha bhī darśakoṁ ke sāmane… abhinetā 2 Acteur 2 (Au narrateur) C’est un débat inutile ! Qui plus est, devant les spectateurs…
darśakoṁ meṁ kaisā chipāva। vaha aura hama alaga duniyā meṁ nahīṁ rahate haiṁ। dosto, kucha sāla purānī bāta hai। choṭe śahara hai। makāna apanā ghara kā thā, para āmadanī kama thī। ūpara thiyetara kā śauka ; āpa samajha hī sakate haiṁ - mujhe pārṭa-ṭāīma kampāuṇḍarī kā kāma milā- mahāroga leparasī kī fīlḍa meṁ। pahale pahala mujhe bhī ajība lagā thā… kuṣṭha ke bāre meṁ jo āma dhāraṇāeṁ haiṁ… mujhameṁ bhī thīṁ। dhīre-dhīre isa roga aura kuṣṭha-rogiyoṁ ke bāre meṁ bhī jānakārī baṛhī aura usakā asara huā। ūna dinoṁ jo loga mile unameṁ se madana aura kanu ke bāre meṁ āpa ko batānāa cāhatāa hū(n)। eka daura se guzarane ke bāda donoṁ aba ṭhīka haiṁ… madana ko āpa eka khāsa sthiti meṁ dekha hī cuke haiṁ… aura aba kanu !… (darśakoṁ ke bīca se kanu uṭhakara maṁca para ātī hai eka śôla oṛhe hue hai) sūtradhāra Le narrateur Nous n’avons rien à cacher à notre auditoire. Eux et nous, nous ne vivons pas dans des mondes séparés ! Mes amis, mon récit date de quelques années. Le cadre : une petite ville. Un foyer : le mien. L’argent : rare… Et par-dessus tout, il y avait ma passion pour le théâtre ; vous pouvez imaginer ce que ça implique… J’ai trouvé un job à temps partiel comme assistant médical dans un centre de lépreux. Au début, moi aussi, je trouvais ça étrange. Tous ces préjugés sur la lèpre… je les avais, moi aussi, mais, petit à petit, j’ai appris à connaître aussi bien la maladie que les malades, et cela a eu un effet considérable sur moi. Parmi les gens que j’ai rencontrés à l’époque, je voudrais vous raconter l’histoire de Madan et de Kenou. Ils avaient contracté la maladie, et maintenant, ils sont guéris tous les deux… Madan, vous l’avez déjà vu dans une situation très délicate… Et voici maintenant, Kenou ! (Assise au milieu des spectateurs, Kenou se lève et se dirige vers la scène ; elle porte un châle.)
mā(n) kaisī hai tumase milakara khuśa huī ?     Alors, comment va ta maman ? Elle était contente de te voir ?
hā(n)… Kanu Kenou Oui.
pati ? baccā ? (jheṁpa miṭāne ke liye) sūtradhāra Le narrateur Et le mari ? Et les enfants ? (Essayant de dissiper l’embarras de Kenou.)
vahā(n) nahīṁ gaīṁ। fursata nahīṁ milī !… Kanu Kenou J’y suis pas allée. J’ai pas eu le temps !…
tuma apane muqāma para pa(n)huca gaīṁ (darśakoṁ kī ora iśārā karake) inheṁ nahīṁ batāogī ? sūtradhāra Le narrateur Tu as atteint ton but. (Montrant les spectateurs) Ne veux-tu pas leur raconter tout cela ?
sabake sāmane kyoṁ pūcha rahe ho? oha, nāṭaka dikhānā cāhate ho, raṁgīna jazabātoṁ se khacākhaca bharā ? Kanu Kenou Pourquoi tu me demandes ça devant tout le monde ? Ah, d’accord ! Tu veux leur montrer une pièce de théâtre, faire pleurer dans les chaumières ?
majabūra nahīṁ karūṁgā para cuppī se itanāa lagāva kyoṁ ? inake jāna lene meṁ nukasāna nahīṁ hai। sūtradhāra Le narrateur Je ne te force pas, mais pourquoi être complice de ce silence ? Il n’y a aucun mal à ce qu’ils sachent.
(jhijhaka se) saba to muśkila hai। maiṁ ronā nahīṁ cāahatī। Kanu Kenou (Hésitant) Tout ça est si difficile ! Et je ne veux pas pleurer.
ruka rukakara bākī khuda samajha leṁge। sūtradhāra Le narrateur Commence doucement… Le reste, ils le comprendront d’eux-mêmes.
(darśakoṁ se) aba ghara para matalaba apane pīhara meṁ rahatī hū(n)… vaha dina, vaha sāthī bahuta pyāre haiṁ, dekhiye aba taka bikharāva hai। kahā(n) se śurū karū(n) ? Kanu Kenou (Aux spectateurs) Je vis à la maison maintenant… c’est-à-dire… avec mes parents… à l’époque… ces amis, je les aimais beaucoup !… Voyez, tout ça est si embrouillé !… Par où commencer ?
caliye kanu se, prastutu kī dūsarī pātra ; baṁgāla ke pichaṛe gā(n)va meṁ rahatī thī। śādī ko sāla ho cuke the aura goda meṁ munnā thā। baṛā-sā ghara - bahū-beṭiyoṁ se bharā huā… sūtradhāra Le narrateur Commençons par Kenou, le deuxième personnage de notre pièce. Elle vivait dans un village reculé du Bengale. Mariée depuis quelques années, elle avait encore un bébé aux bras ; une grande maison, remplie de sœurs et de belles-sœurs.
(kucha abhinetā ratha khī(n)cakara le jāte haiṁ aura bākī loga do cāra cīzoṁ se - jinameṁ bacce kā pālanā bhī śāmila hai - agale dṛṣya ke liye maṁca taiyāra karate haiṁ - kanu eka abhinetā ko apanā śôla utārakara pakaṛātī hai - aura ghara ke ilāke meṁ praveśa karate hai।) Quelques acteurs emportent le char en le tirant. Les autres préparent le tableau suivant en utilisant quelques accessoires, et notamment, un berceau. Kenou enlève son châle, le donne à un des acteurs et se dirige vers l’espace qui représente son quartier.
1 Loka-nātha (monde-protecteur), « Protecteur des mondes », épithète de divers dieux, du roi ou d’un souverain. Ici, du Dieu Shiva
2 Il est coutume d’offrir un nombre impair d’une somme d’argent.
3 Bricolée à la main avec quelques planches, la carriole mesure 45 cm de long. Elle est montée sur des roues de 10 cm de hauteur. Quand on a les pieds tailladés, on peut s’asseoir dessus et la faire avancer en s’appuyant sur ses mains. Pour se protéger, souvent, la personne tient un bâtonnet dans chaque main.
4 Symbole de Shiva : cylindre de pierre enchâssé dans un socle
5 Chants dévotionnels