Jacques Prévert
Jacques Prévert

Jacques Prévert
Pour faire le portrait d’un oiseau

Pour faire le portrait d’un oiseau pariṁde kā citra banāne ke liye
Jacques Prévert Isabelle et Laure Terilli
Peindre d’abord une cage
avec une porte ouverte
peindre ensuite
quelque chose de joli
quelque chose de simple
quelque chose de beau
quelque chose d’utile
pour l’oiseau
placer ensuite la toile contre un arbre
dans un jardin
dans un bois
ou dans une forêt
se cacher derrière l’arbre
sans rien dire
sans bouger…
Parfois l’oiseau arrive vite
mais il peut aussi bien mettre de longues années
avant de se décider
Ne pas se décourager
attendre
attendre s’il le faut pendant des années
la vitesse ou la lenteur de l’arrivée de l’oiseau
n’ayant aucun rapport
avec la réussite du tableau
Quand l’oiseau arrive
s’il arrive
observer le plus profond silence
attendre que l’oiseau entre dans la cage
et quand il est entré
fermer doucement la porte avec le pinceau
puis
effacer un à un tous les barreaux
en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l’oiseau
Faire ensuite le portrait de l’arbre
en choisissant la plus belle de ses branches
pour l’oiseau
peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
la poussière du soleil
et le bruit des bêtes de l’herbe dans la chaleur de l’été
et puis attendre que l’oiseau se décide à chanter
Si l’oiseau ne chante pas
c’est mauvais signe
signe que le tableau est mauvais
mais s’il chante c’est bon signe
signe que vous pouvez signer
Alors vous arrachez tout doucement
une des plumes de l’oiseau
et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.
pahale khule hue daravāze ke piṁjare kā citra banāeṁ
phira
pariṁde ke liye
ika hasīna
āsāna
suṁdara
aura upayogī cīza kā citra banāeṁ
phira yaha citra
eka peṛa ke sahāre rakheṁ
eka baġīce meṁ
eka vana meṁ
yā jaṁgala meṁ
isa peṛa ke pīche chipa jāeṁ
binā kucha kahe
binā hile …
kabhī-kabhī pariṁdā jaldī ā jātā hai
to kabhī vaha laṁbā samaya bhī lagā sakatā hai
taya karane se pahale
iṁtazāra kījiye
himmata hāranā mata hāriye
ho sakatā hai sāloṁ iṁtazāra karanā paṛe
pariṁde kī raftāra kama yā zyādā ho
citra kī saphalatā kā
isase koī vāstā nahīṁ
jaba pariṁdā āe
agara āe
to cupa raheṁ
jaba taka pariṁdā piṁjare meṁ ghuse
aura jaba ghuse
to haule haule kūce se daravāzā baṁda kījiye
phira
eka ke bāda eka piṁjare kī sārī salākheṁ miṭāeṁ
dhyāna rakheṁ eka bhī para na chueṁ pariṁde kā
phira usa peṛa kā citra banāeṁ
usakī sabase suṁdara ḍāla cuneṁ
pariṁde ke liye
peṛoṁ ke hare pattoṁ kā havā kī ṭhaṁḍaka kā
para ko rakheṁ
sūraja kī dhūlikaṇoṁ kā
ghāsa ke paśuoṁ kā śora garmiyoṁ meiṁ
yadi pariṁdā nahīṁ gātā
to burī niśānī hai
citra burā hai
phira yadi gānā gātā hai to acchī niśānī hai
hāṁ aba hastākṣara kara sakate haiṁ
āhistā pariṁdee kā eka para
khīṁca lījiye
aura ākhira meṁ citra ke eka kone meṁ apanā nāma likheṁ।